A La Réunion, un accord trouvé pour terminer le chantier de la route du littoral

Après deux jours et dix-neuf heures de négociations, un accord a été trouvé, vendredi 31 juillet en soirée, entre la région Réunion et le groupement d’entrepreneurs pour terminer la nouvelle route du littoral (NRL). Cet axe de deux fois trois voies reliant Saint-Denis à La Possession, sur une partie en viaduc à 20 mètres au-dessus de la mer, est décrié par les écologistes en raison de ses conséquences sur l’environnement et de son coût croissant de plus de 2 milliards d’euros lié aux difficultés à mener à bien le chantier.


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Selon le président de la collectivité, Didier Robert (divers droite), les travaux pour construire la route digue de 2,7 kilomètres, et située sur le côté ouest de l’ouvrage, redémarreront le 15 septembre. Ce chantier était à l’arrêt depuis plusieurs semaines. En colère, les responsables des petites sociétés de transports de matériaux ont, la semaine du 20 juillet, bloqué l’hôtel de la Région pour protester contre cette situation menaçant leur activité.

Un problème d’approvisionnement

En août, le groupement Vinci-Bouygues et leurs filiales locales (SBTPC et GTOI) ont fait savoir à la Région qu’ils ne continueraient pas le chantier de cette digue en raison des surcoûts provoqués par les problèmes d’approvisionnements en roches. Le marché avait été signé fin 2014 pour un montant de 298 millions d’euros. L’exécution des travaux était prévue début 2019. En octobre, la collectivité a décidé de rompre ce marché en activant la résilience pour faute. Le groupement considérait de son côté que les torts étaient partagés et n’entraîneraient pas le paiement de lourdes indemnités.

L’édification de la digue nécessite plus de 7 millions de tonnes de remblais et d’enrochement

Pour construire cette route, la Région comme les entrepreneurs avaient misé sur l’ouverture d’une carrière de roches massives à Saint-Leu, situé sur la côte Ouest à une quarantaine de kilomètres. Mais le tribunal administratif a suspendu, en avril 2019, l’ouverture de cette celle de Bois-Blanc en visant, notamment, la révision du schéma départemental des carrières et en soulignant « l’absence d’une réelle réflexion sur les moyens d’approvisionnement ». La société réunionnaise pour l’étude et la protection de l’environnement (Srepen) et la commune de Saint-Leu dénonçaient des nuisances et des atteintes graves à l’environnement. Dans un second avis rendu le 22 juillet, l’Autorité environnementale (AE) a enfoncé le clou en indiquant qu’il « subsiste, toutefois, une ambiguïté sur l’origine des matériaux nécessaires à la construction de la NRL à laquelle contribue l’absence d’actualisation de l’étude d’impact de la NRL, pourtant déjà recommandée par l’AE ».

L’édification de la digue nécessite plus de 7 millions de tonnes de remblais et d’enrochement. Le problème vient de l’approvisionnement en roches massives, celles qui pèsent plus d’une tonne et qui donnent sa stabilité à l’ouvrage et dont les besoins sont estimés à 3 millions de tonnes. Selon la Région, il existe « de la ressource locale » avec les blocs rocheux sortis des champs. Une solution évidemment plus coûteuse. Pour Vinci-Bouygues, une autre option consisterait à importer des roches, notamment du Moyen-Orient.

« Chantage » et « pression »

Selon le vice-président de la collectivité, Dominique Fournel, le groupement de maître d’œuvre réclamerait entre 150 et 300 millions d’euros supplémentaires à cause des surcoûts liés à l’approvisionnement en matériaux, mais aussi des retards sur d’autres parties du chantier et des pertes financières. « Si la Région acceptait ces nouveaux tarifs en l’état, cela signifierait clairement une sortie du cadre du code des marchés publics, et aboutirait à un doublement du marché initialement signé », a-t-il indiqué dans un communiqué.

Les détails de l’accord obtenu vendredi seront dévoilés la semaine du 3 août

Didier Robert a, lui, dénoncé le blocage de l’hôtel en parlant de « chantage », de « pression » et « d’instrumentalisation » des transporteurs par le groupement. Le président de la Région avait proposé un avenant avec une augmentation de 45 millions du marché permettant de « retrouver la notion de juste prix » et un avenant conforme aux règles juridiques.

Les détails de l’accord obtenu vendredi seront dévoilés la semaine du 3 août. L’Etat, par la voix de la préfecture de l’île, se réjouit que cet accord « contribue à la relance de l’activité économique (…) par la mobilisation de plusieurs entreprises et de nombreux travailleurs ».

Questionné mardi 28 juillet sur ce chantier par le député Jean-Hugues Ratenon (La France insoumise) en commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, avait déclaré : « Je crois qu’il n’y a rien de plus stupide que les routes qui ne mènent nulle part. (…) Après tout, si le plan de relance nous permet d’achever une route aussi importante pour le développement de La Réunion que la route du littoral, je pense que nous aurons fait œuvre utile ».

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Lancé en 2014, le chantier, qui est réalisé à 80 % selon la Région, aurait dû être livré en 2020. Selon M. Fournel, la route n’entrera pas en service, en raison des retards, « a minima avant la fin 2024 ». La collectivité a acté l’idée d’ouvrir d’ici la fin 2021 la première tranche de la route, soit huit kilomètres comprenant le viaduc entre Saint-Denis et La Grande Chaloupe. La Région a décidé de construire un raccordement avec la route existante en attendant la construction de la partie digue. Un appel d’offres est lancé pour cette déviation qui n’était donc pas prévue initialement. Le marché est fixé à 12 millions d’euros. « Les Réunionnais ne comprendraient pas que huit kilomètres de route soient terminés et pas mis en service », explique le vice-président.

La NRL doit permettre aux Réunionnais de passer moins de temps dans les embouteillages et de fermer l’actuelle route qui longe la falaise. Un axe vital pour l’économie de l’île avec, en moyenne, plus de 66 000 véhicules par jour. Mais depuis sa mise en service en 1976, 22 automobilistes ont été tués par des éboulements.

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