Basket : le dilemme de s’agenouiller pendant l’hymne américain en NBA

Le joueur du Orlando Magic, Jonathan Isaac, a choisi de ne pas s’agenouiller lors de l’hymne américain, à Orlando (Floride), le 31 juillet. CHARLES KING / AP


Dans l’actualité, il est souvent question de contexte. Depuis 2016 et le geste controversé du joueur de football américain Colin Kaepernick, aucun joueur de NBA ne s’était agenouillé pendant l’hymne américain en signe de protestation contre les violences policières sur la communauté noire, et celui qui aurait pris la décision de le faire aurait été au cœur des discussions.

Ce samedi 1er août, au troisième jour de la reprise du championnat américain de basket après plus de quatre mois d’arrêt, ce sont, à l’inverse, les joueurs restant debout qui focalisent l’attention.

Car, entre-temps, après la mort de George Floyd asphyxié lors son interpellation par la police à Minneapolis, le mouvement Black Lives Matter (« Les Vies noires comptent ») a émergé aux yeux de la population américaine, et la NBA – dont près de 80 % des joueurs sont noirs – s’est lancée dans une vaste campagne pour promouvoir l’égalité sociale et raciale.

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Ainsi, Jonathan Isaac, l’ailier d’Orlando, a été, vendredi, le premier – deux matchs avaient été joués la veille – à ne pas suivre ce nouvel élan collectif, soulevant quelques interrogations sur ce choix. D’autant que le joueur du Magic ne portait pas non plus le t-shirt de soutien au mouvement Black Lives Matter.

Le joueur afro-américain de 22 ans a assuré, après la rencontre, qu’il soutenait « absolument » Black Lives Matter :

« J’ai juste senti que me mettre à genoux ou porter un t-shirt Black Lives Matter n’était pas indispensable pour soutenir Black Lives Matter. »

« Tout le monde est fait à l’image de Dieu et nous sommes tous loin d’être à la hauteur de la gloire de Dieu », a poursuivi Isaac, chrétien pratiquant qui prêche parfois dans une église non confessionnelle d’Orlando. « Quand vous regardez autour de vous, le racisme n’est pas la seule chose qui tourmente notre société, qui tourmente notre nation, qui tourmente notre monde », a-t-il poursuivi.

Avant de conclure : « Je me retrouve dans ce message, pas seulement sur le racisme, mais tout ce qui afflige notre société. J’ai la sensation que notre réponse à cela, c’est l’Evangile. »

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Gregg Popovich, une voix qui porte, est resté debout

Soutien du mouvement BLM, Gregg Popovich, l’entraîneur des San Antonio Spurs, a choisi de rester debout pendant l’hymne, à Orlando, le 31 juillet.

Soutien du mouvement BLM, Gregg Popovich, l’entraîneur des San Antonio Spurs, a choisi de rester debout pendant l’hymne, à Orlando, le 31 juillet. KIM KLEMENT / USA TODAY SPORTS

Vendredi toujours, l’entraîneur charismatique de San Antonio, Gregg Popovich, dont la voix est une de celles qui portent le plus dans la ligue et qui a délivré des messages très forts en faveur du mouvement Black Lives Matter, a revêtu comme tout le monde le t-shirt noir, mais est resté debout durant le Star Spangled Banner, l’hymne national américain, tout comme son adjointe Becky Hammon.

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« Je préfère garder cela pour moi », a répondu le technicien de 71 ans à un journaliste de la chaîne sportive ESPN lui demandant pourquoi il avait préféré rester debout. « Tout le monde doit prendre une décision personnelle. La ligue a été formidable à ce sujet. Chacun a la liberté de réagir comme il l’entend. Pour toutes les raisons qui me sont personnelles, j’ai agi comme je le voulais », a précisé celui qui a servi cinq ans dans l’US Air Force, l’armée de l’air américaine, dans les années 1970.

Aux Etats-Unis, la question du respect de l’hymne national est souvent liée aux considérations militaires : les opposants ou les réfractaires au « kneeling » – le fait de se mettre à genoux – y voient, notamment, un manque de respect aux forces armées américaines.

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« Comment notre monde (…) s’est transformé en noir et blanc ? »

Le joueurs du Miami Heat, Meyers Leonard, est resté debout pendant l’hymne américain, à Orlando (Floride), le 1er août.

Le joueurs du Miami Heat, Meyers Leonard, est resté debout pendant l’hymne américain, à Orlando (Floride), le 1er août. KEVIN C. COX / USA TODAY SPORTS

Samedi, le joueur blanc de Miami, Meyers Leonard, a lui aussi choisi de rester debout pendant l’hymne, bien que portant le t-shirt à l’effigie de Black Lives Matter, et le mot « Equality » (Egalité) au dos de son maillot pendant le match.

« Je soutiens vraiment “BLM” et j’aime et soutiens aussi l’armée, mon frère et les gens qui se sont battus pour défendre nos droits dans ce pays », a déclaré le pivot dont l’aîné a effectué des missions en Afghanistan avec les Marines.

« Je suis un être humain compatissant. Je ne peux pas pleinement comprendre comment notre monde, au sens propre et figuré, s’est transformé en noir et blanc », a-t-il ajouté.

« “Si tu n’es pas à genoux, tu n’es pas avec nous”, pourra-t-on me dire. Ce n’est pas vrai. Je continuerai par ma voix et mes actions à montrer à quel point je me soucie de tous. »

Pas de maillot sans nom

Son coéquipier Jimmy Butler a dû, lui, changer son maillot vierge d’inscription juste avant d’affronter Denver, pour en revêtir un autre avec son nom, à la demande du corps arbitral.

Alors que la NBA a autorisé les joueurs à remplacer leur patronyme par un message de soutien à la lutte contre les injustices raciales et sociales, l’ailier avait souhaité ne rien afficher et s’en est expliqué juste avant la rencontre :

« J’approuve et respecte tous les messages que la ligue a choisis, mais pour moi, ne pas porter de message ni de nom revient à redevenir celui que j’étais avant. Si je n’étais pas qui je suis aujourd’hui, je ne serais pas différent de n’importe quelle autre personne de couleur. »

« Je veux que ce soit ça mon message, en tant que joueur NBA. Tout le monde a les mêmes droits, quoi qu’il arrive », a-t-il ajouté. Butler a salué l’élan collectif qui se produit depuis jeudi pour afficher un soutien massif à Black Lives Matter : « C’est ce qui doit être fait. Parce que c’est ainsi que nous atteindrons notre but pour le plus grand bien. »

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Depuis le début des années 1980, le règlement de la NBA oblige à se tenir debout pendant l’hymne national. Mais Adam Silver, le patron de la ligue, a déclaré, vendredi, qu’il n’y aurait pas de sanction en raison des circonstances actuelles. Le contexte, toujours le contexte…

Romain Del Bello

Le Monde

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