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Le meurtre du Dr Monferrier DORVAL ou l’assassinat d’une intelligence

par Iléus PAPILLON 

Ici, en Haïti, pas question de dire non à la médiocrité et à l’impunité. 

Jeudi 24 septembre 2020 ((rezonodwes.com))– Malheureusement, impuissant, j’habite un pays où le savoir, la connaissance scientifique, l’objectivité n’ont pas de carte de visite ni de bienvenue. Ce n’est plus le temps de la «Déroute de l’intelligence» pour reprendre l’expression chère à l’éminent intellectuel haïtien, Roger GAILLARD.

(C’est également le titre de l’un de ses grands ouvrages). L’heure est très grave. La peur s’installe partout. La ville est sombre. On attaque et à la vie et à l’esprit critique et à l’honneur et à l’intégrité de la personne humaine. Ici, en Haïti, pas question de dire non à la médiocrité et à l’impunité. 

Ainsi, celui qui a osé dire que «Haïti n’est ni dirigée ni administrée», Me Monferrier DORVAL est sauvagement assassiné chez lui dans l’une des zones les plus sensibles d’Haïti, Pèlerin 5, là où habite Jovenel MOÏSE, le Président d’Haïti.

La famille du Bâtonnier des Avocats de Port-au-Prince a décidé d’organiser ses funérailles dans la stricte intimité (en cercle fermé). Ceci n’a pas empêché l’effritement de quelques images.    

Et je suis tombé sur une photo prise depuis le Parc du Souvenir (situé à Pétion-Ville, Haïti), jeudi 17 septembre 2020. Ce cliché est celui du cadavre de Me Monferrier DORVAL, Docteur en Droit constitutionnel, l’une des rares intelligences en la matière en Haïti. C’est dans ce Parc que sa famille vient lui dire un dernier au revoir. Dans cette photo, c’est un corps inanimé qui fait semblant de dormir. À mes yeux, Dr Monferrier DORVAL était un homme seul au milieu de la nuit.

Comme une lumière surchargée et un être débordé d’énergie, il croyait pouvoir porter une parole scientifique parmi cette bande de crapules prenant en otage ce pays depuis des lustres. Il s’est trompé jusqu’à mourir dans sa plus profonde vérité (Je voudrais écrire sa plus profonde innocence). Les spécialistes de la terreur et du chaos ont donc une nouvelle fois frappé à la porte de l’intelligence. Ils ont assassiné la science, l’objectivité, la vérité, la dignité et l’honnêteté… 

Professeur Monferrier DORVAL est parti avec le rêve de voir un jour une Haïti ouverte aux idées de progrès et de transformation. Il est parti avec toute sa volonté, toute sa force, toute son énergie, toute sa folie et tous ses désirs. Il est tué par ce démon qu’il a toujours rêvé de dompter. 

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Et là, dans cette demi-jungle, dans cet environnement frappé par l’obscurantisme, combien de siècles faudra-t-il pour la construction d’un tel géant de lumière, un DORVAL ? Combien d’années devons-nous consacrer pour effacer ce drame innommable, inhumain ? Pourquoi cette attaque à la personne de DORVAL ?

Et après, qu’est-ce qui peut pousser l’esprit humain à aller jusqu’à éteindre ce souffle plein de vivacité, ce signe de feu, ce cerveau particulier ? Pourquoi l’assassinat de ce brillant être, ce génie porteur d’éclats et d’espérance ? Qu’est-ce qui peut motiver un brigand à commettre un tel crime ? L’auteur de ce meurtre, a-t-il un coeur comme tous les humains ?

Et comme Jean-Jacques DESSALINES, Jacques Stéphen ALEXIS ou encore Jean Léopold DOMINIQUE, Monferrier DORVAL… Tous ces êtres de lumière sont emportés par la grande machine infernale en chute libre parcourant toutes les rues et ruelles d’Haïti depuis 1806 par l’assassinat du Père Fondateur de la Nation haïtienne, Jean-Jacques DESSALINES.

Je refuse de crier. Nous sommes tous des morts ambulants dans ce pays de terreur. Et la nouvelle philosophie qui prévaut n’est autre que « kite peyi m mache. » Tout va bien dans la République pour cette catégorie de jouisseurs (acceptable?). Et le pays se porte à merveille pour ces racailles, ces abrutis avant la lettre. 

Si Dr Monferrier DORVAL, cet éminent professeur au savoir pointu est spectaculairement tué par balles à quelques mètres de la résidence du Président de la République (zone sans caméra de surveillance ?) et que la justice haïtienne est encore plongée dans son coma habituel, si la société haïtienne accepte cette mort de trop, permettez que je présume que ce peuple ne doit pas dormir tranquille.

Iléus PAPILLON 

Sociologue

ileus.papillon.1@ulaval.ca

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