jimmy-osias-:-lettre-ouverte-a-mon-frere-henrick-saint-fleur-incarcere-a-morne-casse,-fort-liberte

Jimmy Osias : Lettre ouverte à mon frère Henrick Saint Fleur incarcéré à morne Casse, Fort liberté

Mumurfreesboro, TN (USA), Dimanche 4 Octobre 2020 ((rezonodwes.com))–

Mon grand frère,

Je ne sais par où commencer cette lettre pour qu’elle exprime, d’une manière littérale, la fêlure profonde et abstruse léguée par ta condamnation illégale sur toute la famille, particulierement sur ma personne. Cet immense appétit de t’écrire a beaucoup de l’âge. Néanmoins, je n’avais pas assez du coeur au ventre pour m’être porté à la dimension surhumaine que cela réclame afin d’user des mots pouvant attoucher mon cerveau émotionnel. À tous coups d’assouvir ce désir ardent, des larmes abondantes montent à mes yeux.

Comme un animal blessé, aujourd’hui, je m’isole pour lécher mes douleurs loin de tous et trouver ce qui est caché au fond de mon être, capable d’extérioriser mes sentiments. 

Mon grand, mon esprit s’attache à toi quotidiennement. Et je ne cesse pas de songer aux chefs d’accusation qui t’ont conduit là où tu ne devrais pas être si certainement la femme aux yeux bandés, tenant dans sa main droite un glaive et dans sa main gauche une balance, symbolisait vraiment l’impartialité.

Après avoir effectué des démarches qui ont abouti à la fin de ta détention préventive prolongée, sans grand succès de libération, il m’arrive régulièrement de subir des nuits d’anxiété et d’affronter des journées de culpabilité sans que personne ne s’en rende compte.  On dirait que j’étais le principal responsable de ton incarcération. En effet, je n’arrête pas de me demander pourquoi tu as connu, en premier ressort, les méfaits désastreux du phénomène de la détention préventive prolongée, qui pis est, condamné pour une infraction dont tu n’as été ni auteur, ni comparse. Cependant, un principe élémentaire en droit stipule : « il vaut mieux libérer mille coupables que de condamner un innocent ». Que représente t-il ce principe en Haiti?

Mon frère, c’est vrai, cette injuste condamnation a terni l’image de la famille. Par contre, elle ne peut pas galvauder nos valeurs morales. En dépit de tout, nous tissons nos liens familiaux beaucoup plus solidement. La solidarité familiale reste notre dernier recours pour garder l’espoir dans ce bourbier.

Parfois, la violence est  le seul recours face à une injustice chronique et systématique d’un système juridique et politique fondé sur le mépris de la dignité de l’homme. Par conséquent, nous restons paisibles sans aucune idée de vengeance passionnelle en attendant que karma fasse son travail. Certes, notre dignité restera fondée sur la conscience et la raison.

Dans notre pays, ce ne sont ni les facultés morales et intellectuelles qui font la force actuellement, c’est tout simplement l’argent. Heureusement, notre famille modeste n’a eu aucun antécédent judiciaire déloyal pouvant renforcer cette présomption de culpabilité simulée. D’où découle notre plus grande fierté. Car, de tous ceux qui ont rendu le verdict ayant parachevé à ta condamnation, nombreux sont ceux qui  nourrissent l’idée de changer leur nom de famille en vue de pouvoir sortir de l’opprobre et d’infamie. L’ironie du sort, ce sont eux qui sont placés pour dire le mot du droit. Ce qui confirme que la justice est distribuée au sein des différentes juridictions en Haïti au plus offrant comme une vente aux enchères.

Advertisement

Mon frère, j’admire la hauteur de ton esprit. Cette force d’esprit qui te suscite à chercher constamment la sagesse et la paix. Condamné innocemment, tu surprends toujours toute la famille avec des mots de réconfort et courage. Ce mental de resistance, siègeant en toi, permet à ton cerveau cortical la capacité de prendre des décisions rationnelles pour l’épanouissement de ton être.

Tout compte fait, ta faculté de triomper des démons intérieurs en sachant que, demain, il fera jour, symbolise l’essentiel d’une vertu famille associée à notre valeureuse mère. 

Après cette période d’emprisonnement, peu importe le nombre d’années, il te reste à tenir là-bas; plus aucuns barreaux ne couperont les ailes de tes rêves . C’est pour cela que tu devrais commencer par scintiller ton existence avec des pensées positives. De là, tu comprends bien que la seule vraie prison, c’est celle que tu formes dans ta tête. Et le vrai prisonnier, c’est celui qui prive injustement l’autre de sa liberté.

Même quand c’est dur, ne te laisse pas aller à la déprime, reste toujours fort mon frère et fais des efforts de te dépasser. Je te promets que la suite de ta vie, de ta famille, en vaudra la peine. C’est cette pensée qui m’anime et me permet de tenir au quotidien, celle-ci même qui me donne la force de t’aimer envers et contre tous. Alors, autant que faire se peut, sois fort afin de pouvoir vivre cette expérience avec l’espérance que tu en apprendras pour mieux maitriser la vie.

Espérant que tu auras l’occasion de lire ces mots, je te prie d’agréer, mon Frère, l’expression de mon plus sincère attachement et mon dévolu de cœur.

Ton petit frère,

Jimmy Osias

                ◦

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *