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Septembre 2020, un mois fou en Haïti ?

Jeudi 15 octobre 2020 ((rezonodwes.com))– Pour baptiser le mois de septembre de mois fou, je me réfère directement à la période qui a suivi la première  guerre mondiale. Dès 1920, soit deux  ans après la Grande guerre, les caisses ont commencé à se renflouer.  Des crédits  de grandes sommes d’argents sont à nouveau octroyés et le pouvoir d’achat explosa. Cela entraina d’énormes dépenses de la part de presque tous les habitants européens. Ils s’offraient le luxe, ils dépensaient souvent plus que ce qu’ils pouvaient. Bref, la consommation renait. C’est ce qui a valu aux années 1920 à 1930 la qualification d’années folles.

En observant ce qui se passe en Haïti depuis le début du mois de septembre grâce à l’appréciation soudaine et rapide de la Gourde, je suis en droit de me demander si l’on n’est pas en train de vivre un moment pareil aux années folles.  Est-ce un air d’euphorie ou de folie ?

Rappelons que ces trois dernières années ne nous semblaient pas de bon goût. Nous traversions des impasses difficiles. Pour nous soulever contre notre situation de misère, on utilisait toute sorte de mobilisation, même si  celles-ci ont eu des conséquences directes sur l’économie nationale. Par exemples on pourrait considérer le mouvement de  pays « lòk ».

En effet, le pays « lòk » est une forme de protestation où les rues sont barricadées, les routes nationales sont bloquées. Dans notre langue maternelle « anwo pa monte anba pa desann » c’est-à-dire pas de connexion entre les départements. Les marchés locaux ne fonctionnaient pas comme avant, car il n’y avait pas de moyens pour transporter les produits. Pendant ces périodes le prix du carburant augmentait sur le marché informel. Dans ma commune natale (Arnaud) un galon de gazoline se vendait à 600 gourdes. Souvenez-vous que la gazoline est un produit transversal, l’augmentation de son prix augmente l’automatiquement le prix de beaucoup d’autres produits. Ces choses ne sont pas sans conséquence sur le PIB.

 De ce fait,  l’instabilité a entravé le développement économique du pays. En 2019 le PIB/hab. était de 854$ US (www.journaldunet.com). Haïti devenait le 20ème pays le plus pauvre de la planète. La récession économique a été combinée à la faible capacité de l’administration publique à collecter des recettes. L’on dirait que c’est un postulat pour que l’on ait toujours un  déficit budgétaire.

La pandémie ne nous a pas épargné malgré tout. En mars 2020, sur la demande du président, le pays entrait en confinement pour empêcher la propagation de la covid-19. Elle provoque le chômage, la politique d’austérité. La covid 19 c’est la pire ennemie de l’économie.

Le pays faisait aussi face à une dépréciation monétaire rapide, et à un taux d’inflation élevée (plus de 20 %). Ces choses étaient dues à notre improductivité, notre incapacité d’exporter des biens et équipements. Chez nous en Haïti l’on importe plus que l’on exporte. On est toujours en quête de dollars. Le dollar américain devenait une perle rare. Pour un dollar il nous fallait 120 gourdes. Dans cette situation l’on vit ou l’on survie ?

 l’Ex sénateur du département du nord, en l’occurrence MOISE Jean Charles, avait même dit dans une station radio de la capitale: « pèp ayisyen nou pral kriye wi,al komanse mande kabrit ak bèf ki fèy nan bwa ki pa bay dyare ». C’était pour faire croire que si cela continuait la nourriture deviendra un luxe. N’était-on pas en guerre ? Oui, l’on était en guerre. D’ailleurs l’on est encore en guerre! L’instabilité politique nous fait la guerre, la pauvreté nous déclare la guerre. Donc, l’on est en guerre contre la misère.

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Néanmoins, toute bonne ou mauvaise chose a une fin. Pas vrai ? Au fait, Le glas a sonné. La paix a fini par revenir petit à petit. Car le taux de change a baissé. Le dollar était-il responsable de tous nos maux ? Le prix des produits importés a chuté.  Dans les rues comme dans les marchés publics, c’est une seule chanson: « Trois pour vingt… ». Cette chanson nous a beaucoup manqué. Non ?  « bagay yo nan leta » c’est une nouvelle expression signifiant que le prix des produits n’est pas comme avant. Nous devenons fous, car nous trouvons la consommation. Avant on était comme les chiens de PAVELOV.

Par contre, le désir de consommer nous a fait tout oublier. On oublie que nous ne sommes pas dirigés. On oublie l’insécurité, les massacres. Par exemple : Massacre « tokyo », massacre « site solèy », massacre « la salin », massacre « kafou fèy ».

L’on avait tellement soif de consommer que « Bèlè » passe comme une lettre à la poste. Ô Eternel ! Le pourvoir de la consommation est tellement grand, nous avons oublié Me Dorval et le CEP anticonstitutionnelle. On a l’impression que même le glas de l’opposition a sonné.  Si non, elle serait à travers les rues aux cotés des étudiants demandant justice pour leur malheureux camarade Gregory SAINT HILAIRE. Si nous n’étions pas pris de la folie de consommer, 17 octobre devrait être en préparation.  Je suis désolé, ce n’est pas ce que je veux, mais j’en ai marre.

Espérons que les 150 millions de la BRH soient  une réponse à la dépréciation de la gourde, une réponse à notre misère. Espérons qu’il s’agisse d’une politique monétaire mais non une mise en scène pour faire plaisir au gouvernement. Moi, je crains à ce que ce ne soit  pas une stratégie pour nous faire oublier 7 février 2021.

Une période folle ne reste jamais sans conséquences. Car les années 1920 avaient des conséquences. En 1923, l’Allemagne fut frappé par l’hyper inflation. C’était un spectre pour les Allemands. Les choses continuent jusqu’à la crise de 1929.  Dans ce cas si nous ne retrouverons pas la mémoire aussi vite que possible l’on verra le 7 février 2022. Au revoir !!!

Peterson GUERRIER Comptable de formation

Etudiant en 3ème année au CFEF de port au prince

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