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Flashback :  »Vous êtes un sale hypocrite Monsieur le Président », a écrit Gaspard Dorélien dans une lettre ouverte à Jovenel Moïse

Lettre ouverte de Gaspard Doréien au président de la République d’Haïti publiée il y a un an

Lundi 19 octobre 2020 ((rezonodwes.com))–

Président Jovenel Moïse,

Je me passerai des formules de politesse hypocrites. La gravité de la situation m’en prive. Je vais droit au but. Mes propos sont ceux d’un citoyen haïtien privilégié (parce qu’il  a pu faire des études en Haïti et à l’étranger et travaille, entreprend, enseigne et peut encore manger à sa faim mais qui est horripilé face à la misère extrême des millions de ses frères et sœurs haïtiens et haïtiennes). Mais ce citoyen est on ne peut plus frustré, abattu, en colère et qui avoue son impuissance face à la dégradation de son pays par votre seule incompétence de bien diriger la barque nationale.

Monsieur le Président, solliciter de l’aide étrangère pour nourrir votre population, alors que le pays n’a été frappé par aucune catastrophe est une preuve patente de votre échec. Cela veut dire que vous n’avez rien foutu durant vos deux années à la tête du pays si aujourd’hui la famine vous contraint à quémander de la nourriture d’un homologue étranger qui, il y n‘y pas deux ans avait traité le pays dont vous avez le privilège de diriger de “twou kaka”. C’est une énième preuve que vous êtes indigne de l’héritage guerrier de nos ancêtres qui n’ont pas hésité à faire face à l’oppression de la force colonisatrice de la France pour s’arracher des jougs de l’esclavagisme.

Cela veut dire aussi que les actions de votre caravane du changement dans l’Artibonite et dans diverses autres régions réputées productrices, sont nulles. Je sais, vous allez brandir la carte du système qui vous a empêché d’agir, mais laissez-moi vous rappeler, Monsieur le Président, que les 500,000 personnes qui vous ont voté n’ont pas donné mandat aux acteurs du système, mais à vous. C’est une excuse plate. Trop terre-à-terre pour un président de la République. Le plus jeunot au concept du logicisme voit en cette démarche une excuse pour se démettre de ses responsabilités.

Malgré votre impopularité dès la genèse de votre présidence, la constitution a fait de vous le garant de la bonne marche du pays. Vous aviez à votre côté la force contraignante de la loi pour contrer tous ceux-là et toutes celles-là qui pillaient et exploitaient mal les maigres ressources du pays. Combien avez-vous arrêté ou poursuivi? Zéro! Seuls les petits voleurs de cabris, de bananes, de pois… croupissent en prison. Combien de personnes sont en prison pour la scandaleuse surfacturation des kits scolaires de 2017? Zéro! Combien d’auteurs et complices des chèques fictifs de l’administration publique découverts en 2017 ont été arrêtées et jugées? Zéro! Je m’arrête à ces deux exemples, assez lointains.

Ce sont aussi ces dérives qui permettent au système de se renouveler Monsieur le Président.

Permettez, Monsieur le Président, d’affirmer que vous êtes un sale hypocrite. Vos actions ou les actions de votre gouvernement ne correspondent guère aux paroles de vos discours. Quand vous avez dit que les cinq grands problèmes du pays se résumaient à la corruption, vous aviez effectivement raison, car en 2019 Haïti occupe la 161e place sur 180 des pays les moins corrompus sur la planète. Comment justifiez-vous un tel recul alors que vous entendiez faire de la corruption, ennemi patenté du développement, l’un de vos chevaux de bataille? Il y avait la production agricole nationale aussi, entre autres.
La réponse est simple comme BONJOUR! C’était des paroles en l’air.

Personne n’est aujourd’hui en prison en Haïti pour corruption sur votre administration. Alors que les études démontrent que la corruption envenime le pays. Vous êtes un vrai hypocrite Monsieur le Président ou pour faire plus joli, vous êtes un vrai manipulateur. 

Monsieur le Président, au moment de vous écrire cette lettre, j’ai exactement 41 ans, 1 mois et une semaine. Quand j’étais enfant, dans le quartier pauvre de Thor 69, à Carrefour où je suis né, le maïs moulu était considéré comme la nourriture des pauvres. C’était un signe de pauvreté extrême de faire cuire du maïs moulu un dimanche. Savez-vous, Monsieur le Président que le maïs moulu grosse tête importé est vendu 50 gourdes plus chère que le riz importé des États-Unis. En 2019, sous votre Présidence, promotrice de la production agricole, le maïs moulu est devenu un luxe pour les plus petites des bourses en Haïti. Le petit-mil, céréale riche en vitamine, mais méprisé autrefois par la population est devenu un véritable luxe durant votre règne. La petite marmite se vend en octobre 2019 à 80 gourdes. Plus cher que le riz importé des États-Unis. Le blé, la manne des pauvres de mon temps d’adolescent se vend maintenant à 65 gourdes la petite marmite. 

Oui Monsieur le Président, vous êtes un fieffé hypocrite car vos actions ou vos inactions sont à l’antipode de vos paroles et de vos promesses. Ce constat d’échec pourrait s’étendre sur beaucoup pour ne pas dire sur tous les secteurs de la vie en Haïti. 

Vous avez échoué dans votre mission Monsieur le Président, même celle de garder stable la misère qui prévalait avant votre arrivée au pouvoir. Nous sommes devenus plus misérables et miséreux avec vous comme premier citoyen du pays. Je sais que vous êtes, de loin à l’instar de votre mentor, victime de votre statut de fils de paysan, car force est de le reconnaître que Haïti est un pays qui n’a pas encore dépassé le stade de l’utilisation de la discrimination liée à l’origine comme arme de destruction de l’autre. Toutefois, ceci ne peut être pris comme excuse. Car l’autre citoyen dans son argumentaire a soutenu que son “origine ne peut nullement être un sujet de condamnation”.

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C’est quand même vous qui êtes le Président de la République. Vous auriez dû et auriez pu faire la différence. Vous auriez dû et auriez pu remonter la dignité de ceux-là et celles-là qui partagent votre origine paysanne. Au lieu de cela, vous avez pactisé avec ceux-là et celles-là que vous-même appelez les gardiens et gardiennes du système au détriment de la majorité. Car vos chers amis sont devenus plus riches et la population plus pauvre. Vous avez prétendu combattre la corruption et le pays est devenu plus corrompu pendant les deux ans que vous comptez comme président de la République. 

La dilapidation des fonds Petrocaribe, dont deux de vos entreprises sont indexées par le rapport de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, est considérée par les observateurs tant haïtiens qu’étrangers, comme le scandale de corruption du siècle. Où en est ce dossier pendant que vous prétendez lutter contre la corruption? C’est être un hypocrite accompli que de faire entendre que vous travaillez pour tout cela et contre tout cela, alors que la réalité reflète tout le contraire.

On a reculé dans la production agricole, on est devenu plus pauvre et plus corrompu. Donc, il ne vous reste qu’un choix Monsieur le Président qui ferait état d’un minimum de grandeur d’âme de votre part: démissionner!Démissionnez et présentez-vous et votre femme à la justice, si vous n’êtes pas coupable des faits de corruption dont des anciens et actuels élus de la République vous accusent, pour laver votre nom. Ainsi vous rendrez à tous les fils et filles de paysans dont vous avez souillé la dignité.On dit que les “thug” ne démissionnent pas. Vous n’en êtes pas un. Vous êtes le produit de cette classe d’hommes et femmes valeureux et valeureuses de l’arrière-pays qui ont toujours gagné leur vie par la sueur de leur front et qui donnent à manger au bien heureux des villes.

Démissionnez Monsieur le Président, car aujourd’hui ceux-là et celles-là qui vous le demandent sont plus que les 500,000 qui, aujourd’hui le regrettent, ayant voté pour vous.Démissionnez Monsieur le Président, car nous sommes loin du minimum de bien-être que vous nous avez promis durant votre campagne électorale et pendant vos premiers mois comme président.Démissionnez Monsieur le Président, car vous avez échoué!

Ceux-là et celles-là qui reconnaissent leurs échecs réalisent des exploits dans le futur.Par contre ceux-là et celles-là qui persistent à vouloir continuer sur les cendres de leurs échecs sans les reconnaître pour s’entraîner et changer de stratégie finissent par se ruiner et disparaître dans l’opprobre.Démissionnez Monsieur le Prédisent et mettez-vous disponible à la justice de votre pays! Par ce geste vous vous rendrez non seulement service mais aussi à tous ceux-là et toutes celles-là qui languissent dans l’impatience de cette action.

On n’aura pas certainement un meilleur pays après votre départ; la quote de la gourde par rapport au dollar ne sera certes pas meilleure; l’inflation ne chutera pas d’un coup; les gangs armés ne déposeront pas miraculeusement leurs armes; vos successeurs ne seront pas moins sangsues que vos prédécesseurs et vous… Mais conscients de nos mauvais choix de gouvernants, on pourra dans un élan de construction d’un vrai pays, poser les bases d’un avenir sans des dirigeants hypocrites comme vous, sans corrompus, sans apatrides…

Une dernière précision qui est loin d’être des moindres: la chasse au pouvoir par le peuple du dictateur et fils de dictateur survenue en 1986 est loin d’être comparable au coup d’État d’espoirs chimériques de 2004. S’il n’y avait pas le 7 février 1986, je n’aurais jamais pu, derrière mon téléphone vous écrire pour vous demander d’arrêter d’être ce sale hypocrite!

Bonne démission !
Avec toute ma déception !

Gaspard Dorelien

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