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Emmanuel Ménard : Le cri de la Toussaint

par E. Ménard

Mercredi 28 octobre 2020 ((rezonodwes.com))– Premier novembre c’est la Toussaint, la fête de tous les saints. Mais je ne sais en vérité quel saint prier pour Haïti ? Les vêpres ont déjà très longtemps commencé et je me tiens encore sur le pronaos de ce grand temple qu’est Haïti, jadis au sommet du rêve de liberté et d’égalité pour tous, imprégné dans la conscience de l’humanité.

Et comme pour laisser au temps le temps de finir son temps, je regarde éberlué, un peuple drapé dans sa fierté malgré sa grande dèche, terminer sa journée d’existence sous les yeux indolents de ses élites et sous les vivats frénétiques d’une pincée de suppôts affairistes qui accompagnent les refrains des nouveaux dieux, comme une coprolalie déversée au visage des donneurs de leçons en litanie des saints et démons de leur trône d’enfer.

Et j’entends le susurrement de millions d’enfants qui ont faim, des femmes qui peinent à ramasser de l’eau dans leurs paniers de latanier, des vieillards et infirmes qui se bousculent devant des hôpitaux vides, des paysans réclamant leur dû à de riches débiteurs et qui voient injustement leur juste cause renvoyer à la Saint-Glinglin, donc aux calendes grecques.

Et j’écoute, j’entends et j’entends sans même écouter, des râles d’agonie et d’émouvantes supplications d’un pays squelettique qui ne demande qu’à respirer.
Haïti est malheureusement une société d’exclusion et de discrimination axée sur une politique creuse de saupoudrage constant, d’aliénation de la pensée et de confiscation de la richesse nationale et du savoir.

C’est ce qui développe une polarisation des centres de décision et un comportement d’intolérance accrue dans toutes les couches de la population. Les repères démocratiques se perdent dans les méandres d’un sauve-qui-peut au détriment de la solidarité nationale et de l’intérêt général. Il est impossible de construire une société démocratique sans démocrates. Depuis plus d’un siècle, des situations politiques délicates reviennent comme opportunités ou utilité du malheur dans un cycle de vingt-cinq ans environ : 1915, 1946, 1971, 1996 et 2020. Aujourd’hui, qu’est-ce donc le problème?

Dans ce marasme monstrueux, une pétaudière fétide est entretenue par les tenants du pouvoir qui clament sous tous les toits que tout va bien et par de perpétuels anarchistes voyant le mal partout sauf dans leur jardin et dont la crise est leur fond de commerce, alors que la grande majorité de la population haïtienne termine silencieusement la course inachevée du combattant, épuisée par le poids de promesses fallacieuses des uns et de contraignantes options périlleuses des autres. Mais, dans les deux camps ce sont des haïtiens et haïtiennes avec des droits et des devoirs.

Pendant ce temps, des éternels privilégiés se croisent les bras, prêts traditionnellement, en bons musiciens de cour, à courrir au secours du vainqueur et d’un autre côté, d’habituels amis d’une communauté non nationale se confinent dans un mutisme stratégique, témoins actifs depuis des décennies des échecs répétés de solutions imposées et d’ignobles choix.

En ces temps de détresse nationale, j’implore tous les acteurs et actrices de cet interminable théâtre de mauvais goût, à ne pas se rejeter les responsabilités. Tous les secteurs de la vie nationale ont leur squelette au placard. C’est pourquoi, j’appelle au grand rassemblement des gardiens et gardiennes du temple, pour porter une nouvelle parole de lumière et de sagesse car le pays semble être orphelin, déraillé et désemparé. L’heure du marronnage est terminée! Les citoyens et citoyennes doivent s’affirmer et laisser tomber les masques de l’hypocrisie et de la lâcheté.

Aussi, me plaçant dans le camp d’une opposition patriotique face aux agissements paumatoires et aux dérives répétées du pouvoir en place, face aussi au jusqu’auboutisme calculé de vedettes jouant une dernière scène, en ma qualité de Président de la Force Louverturienne Réformiste, membre du Bloc Démocratique pour le Redressement National et de Grand Maître de l’Ordre Mystique du Cosmos, assumé-je pour l’histoire et pour la vérité, mes responsabilités citoyennes et morales comme démocrate réformiste pour dire à la Nation qu’une sortie de crise doit passer dans une première phase par ces sept points qui sont essentiellement d’ordre politique :

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1. Libération de tous les prisonniers politiques.
2. Adoption de dispositions concrètes pour la tenue de procès suite aux rapports de la Commission d’Enquêtes Administratives 2005, ceux de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif relativement à l’affaire Petro Caribe et aussi au scandale de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH).
3. Adoption de dispositions concrètes pour la tenue du procès des massacres perpétrés contre la population et dénoncés tant par des institutions nationales qu’internationales.
4. Mise sur pied d’une Commission d’Enquête Internationale autour de l’assassinat du Bâtonnier Monferrier Dorval.
5. Retrait du Décret publié le 24 juin 2020 relatif au Code Pénal.
6. Annulation de l’Arrêté présidentiel en date du 18 septembre 2020 nommant un nouveau Conseil Électoral Provisoire.
7. De la fin du mandat du Président de la République.

Dans les conditions actuelles, aucune élection ne sera humainement possible sans un consensus national. D’ailleurs, depuis nombre d’années, nous organisons des élections onéreuses pour les finances publiques, nous avons toujours changé le manche et conservé le même couteau. Et nous sommes au point de départ car les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Donc, il faut urgemment une entente nationale entre les forces politiques, économiques, sociales, laborieuses, morales, mystiques et intellectuelles pour concocter ce complot patriotique non sans l’aide nécessaire des représentants des puissances accréditées et des institutions supranationales, pour venir à bout de cette épidémie politique malsaine en pleine pandémie mondiale.

Haïti est un cas infernal inédit à étudier; les solutions doivent être pérennes au bénéfice de ce peuple martyr vivotant dans un pays à genoux. Personne ne détient de mandat pour confisquer le rêve de toute une jeunesse et anéantir l’espoir de toute une génération. Je suis convaincu qu’aucune confrontation ne peut apporter la paix et le développement.

C’est pourquoi, je convie mes concitoyens et concitoyennes de tout parti, de toute confession, de tout rang social, d’ici et de la diaspora, à cette tâche exaltante de dépassement de soi et de sacrifice pour former un seul clan, un seul camp, celui d’Haïti.

Ensemble Maintenant!
Et faisons mentir les ennemis de la Patrie qui répètent à tout vent que les élites haïtiennes sont comme du charbon; allumé, il vous brûle, éteint, il vous salit.

🤚Dr.Emmanuel MÉNARD
Membre de la Société Suisse des Juristes et de la Société Québécoise du Droit International.
cosmosmenard@yahoo.fr

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