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Me Guerby Blaise : Les réponses à l’insécurité, couper la tête du DG de la PNH et de la DCPJ ou la nécessité d’une conscience collective?

Vendredi 6 novembre 2020 ((rezonodwes.com))– Au regard de la Constitution de 1987, il n’est pas un apprentissage pour personne de savoir que l’exécutif monopolise la politique sécuritaire en matière de gouvernance publique. Dans ce cadre, la responsabilité de l’élaboration d’un plan de sécurité est à la charge du Premier ministre.

C’est d’ailleurs ce rôle qui rend le plus souvent le fauteuil de ce dernier à la fois brûlant et  éjectable face au contrôle parlementaire. Car la sécurité est le premier des droits impératifs des droits de l’homme en matière de politique moderne de l’État. Mais honnêtement, nous doutons de l’existence réelle de ce pouvoir de contrôle dans notre culture politique depuis notre choix du régime démocratique. En général, la priorité collective se fait acheter au Parlement. C’est honteux! 

Face à l’expansion exponentielle de l’insécurité, il ne convient pas de défendre ni Frédéric Leconte que nous savons tout simplement une jeune compétence brillante, encore moins Normil Rameau avec qui nous n’avons aucune relation privilégiée. Tout pourrait être leur prochaine victime en raison du schéma politique actuel. Cependant, il faut concéder que leur indépendance est absorbée par la mise en place d’un régime politique favorisant le trafic d’influence ni du côté de l’exécutif ni du côté du Sénat. Si on ne peut pas leur dédier des fleurs méritoires, c’est aussi illusoire de penser que les réponses à l’insécurité sont tributaires de leur remplacement à la tête des institutions policières. 

Eu égard au schéma structurel actuel de l’institution policière, les réponses à la montée en puissance de l’insécurité doivent être absolument politiques. Pour cela, de trois choses l’une : soit il existe une volonté politique, soit il y a une société civile forte et crédible pour accompagner et sensibiliser la population , soit il existe une opposition structurée, inspirée, constructive et crédible. 

Malheureusement, à ce jour, les événements factuels prouvent l’incapacité des acteurs susmentionnés pour dénouer la recrudescence de la délinquance et la criminalité en Haïti. On tendrait au contraire vers une admission en crescendo de l’institutionnalisation de la criminalité. 

En témoignent les plus récentes tragédies de l’histoire du pays. En l’espèce, dans l’affaire Dorval, d’importants efforts ont été réalisés par la DCPJ, et les deux premières semaines de la mobilisation des Barreaux de la République, sous égide de la Fédération des Barreaux, ont été considérables. Toutefois, l’absence de volonté politique de l’État est échappée par l’absence de constance et de récurrence de la pression de la Corporation de défense des droits et libertés individuels. L’opposition et la société civile ne se sont pas non plus montrées utiles pour accompagner le peuple pour maintenir cette pression populaire. 

Cette passivité est constatée dans d’autres tragédies, telles que Grégory, la pauvre Evelyne Sincère etc… Dans le cas de Grégory, jeune étudiant assassiné dans les locaux de la faculté d’École normale supérieure, il était à la fois triste et regrettable d’entendre ses parents avouer, lors d’une émission matinale sur Radio Télé Caraibes, concéder vendre à l’exécutif la justice de leur fils à cause de leur précarité financière. Ceci explique l’indifférence de l’opposition, qui ne laisserait déceler leur avidité exclusive pour l’obtention des postes politiques. L’assistance des collègues étudiants de leur fils paraîtrait limitée pour les aider à résister aux offres de l’exécutif. Notre raisonnement ne tend pas pour autant  à centraliser les assassinats de Me Dorval, de Grégory et de la belle Evelyne Sincère à un secteur déterminé. 

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La démarche factuelle tend uniquement à démontrer que nous vivons dans une République où le peuple n’est pas orienté par une opposition peu crédible et en panne d’inspiration, une société civile subjective, voire très intéressée et les pouvoirs publics ( y compris les 10 sénateurs empêchés) ne font preuve d’aucune volonté politique pour proposer une gouvernance publique égalitaire au peuple. 

Dès lors, la sécurité des citoyens ne semble pas être tributaire vraisemblablement ni de la démission de Normil Rameau à la tête de la PNH ni celle de Frédéric Leconte à la DCPJ.  

Rassurez-vous que la récurrence serait sans doute constatée avec leurs éventuels remplaçants. Puisque l’opinion publique les sait et croit honnêtes et crédibles, il serait mieux que les politiques, la société civile et la population les accompagnent en faisant pression sur l’exécutif et l’international dans le but de leur préserver un peu d’indépendance dans l’exercice de leurs fonctions. Les acculer semblent insignifiant. Car leur départ ne va pas arrêter cette hémorragie tragique actuelle. 

À ce jour, face à ce « je-m’en-fichisme » ( indifférence) de tous les acteurs précités, la meilleure stratégie sécuritaire , c’est se mettre à l’abri à l’écart du pays indépendamment de l’amour qu’on peut lui porter. Mais, comment vivraient les défavorisés ? Dans ce contexte, la solution confine dans l’orgueil, la conscience et le réveil de la jeunesse. 

Me Guerby BLAISE 
Avocat et Enseignant-chercheur en Droit pénal et Procédure pénale 
Centre de droit pénal et de criminologie 
École doctorale de Paris Nanterre 

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