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Jeff St Tilma : Des pistes pour la transformation économique d’Haïti

La situation économique d’Haïti n’est pas parmi les plus enviables. Nous subissons le poids de maux profonds, systémiques et structurels. Mais, non incurables. Chacun, d’une façon ou d’une autre, est interpellé au nom du patriotisme à contribuer à l’effort de compréhension et de proposition pour la transformation de la réalité dans laquelle nous vivons. Cet article entend donc introduire sept pistes à explorer dans la mise en œuvre d’une République d’Haïti engagée dans la modernité, la croissance et le développement économique

Mercredi 11 novembre 2020 ((rezonodwes.com))– L’économie d’Haïti est mal lotie : la croissance économique d’Haïti a globalement été décevante au cours des quatre dernières décennies et la pauvreté reste prédominante dans le pays. De 1971 à 2013, la croissance du PIB s’est établie en moyenne à 1,2 % par année, restant ainsi bien inférieure à la moyenne de la région Amérique latine et Caraïbes (3,5 %) et de celle des économies affichant un niveau de développement similaire (3,3 %).

Selon  l’ECVMAS  2012,  59 %  de  la  population haïtienne  ont  vécu  sous  le  seuil  national  de  pauvreté (2.41 US$/jour), tandis que 24 % ont vécu dans l’extrême pauvreté. Selon  Ghayad  et  al. (2019), environ 45 % de la population haïtienne  vit  en  milieu  rural,  où près de deux tiers de la population sont considérés comme chroniquement pauvres.

L’analyse du PIB par habitant de 1990 à 2018 nous permet aussi de faire le constat de la dégradation du niveau de vie en Haïti. De 908.06 à 730.30 USD (en dollars constant de 2010), la paupérisation de la population se confirme de plus en plus. Au-delà de la pauvreté monétaire de la population, il y a lieu de souligner qu’Haïti a enregistré des gains importants au cours de la dernière décennie avec l’indice de développement humain (IDH) en hausse de 0.474 en 2010 à 0.503 en 2018. Néanmoins, l’IDH est beaucoup plus faible quand il est ajusté pour les inégalités en matière de revenu, d’éducation et de santé [BID, 2020], Haïti est classée parmi les derniers de la classe pour 2019 (169 sur 189 pays).

Tenant compte de l’insécurité alimentaire, le tableau devient plus sombre. Selon le PAM, un haïtien sur trois souffrait d’insécurité alimentaire aigüe avant que la COVID-19 devienne une pandémie; soit 3.7 millions d’Haïtiens dans cette situation abjecte. Cette pandémie, bien qu’elle n’ait pas touché le pays dans toute sa sévérité, a augmenté l’effectif des pauvres, tout en aggravant ceux victimes de l’insécurité alimentaire.

Ces informations sont l’expression de maux plus profonds, systémiques et structurels. L’expérience nous montre que les problèmes structurels ne peuvent être résolus par des approches de politique conjoncturelles. Au contraire, il faut y appliquer de nouveaux moules capables de transformer la réalité économique. En ce qui nous concerne, les politiques et l’élite doivent conjuguer leurs efforts pour édicter les grandes lignes de la réforme de l’économie Haïtienne. Lesquelles doivent assurer la modernité de l’économie et la rendre apte à assumer son développement.

L’avenir de l’économie mondiale réside dans l’innovation, la durabilité et les technologies. Pour mériter sa place dans le concert des nations, Haïti doit donc se préparer à engager son économie dans les batailles de la compétitivité du futur. L’essentiel n’est pas de participer à la guerre de la compétitivité du futur mais de capter une part optimale des avantages de manière à se conforter sur l’échiquier géopolitique international, et d’acquérir une solide résilience économique.

Ainsi les autorités doivent-elles consentir les efforts adéquats pour améliorer la posture de l’économie en termes de croissance et de développement économique à travers une réforme structurelle efficace basée, entre autres, sur des piliers majeurs. Lesquels auront la vertu d’induire l’investissement productif sur la base du développement durable et d’assumer une organisation de l’économie qui tire partie des ressources locales par un État moderne, dans la bonne gouvernance et une main d’œuvre exercée à des emplois de qualité.

Cette proposition pourrait être traduite en ces 7 points : 1) la priorisation de l’éducation, 2) la numérisation de l’économie, 3) la pratique de la durabilité économique, 4) l’intégration de la diaspora, 5) la détertiarisation et la relance de l’économie à travers l’agriculture, 6) le tourisme et les BPOs, la modernisation de l’appareil étatique et 7) la promotion de la créativité et de l’innovation. Seule l’articulation de ces piliers – dans le cadre d’une planification globale tenant compte des paramètres politiques, géostratégiques et temporels – pourra se vanter de la matérialisation des résultats escomptés.

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Dans la mesure où les acteurs de la vie nationale endossent une vision économique claire avec des cibles S.M.A.R.T poursuivis en dehors de toute appartenance à une chapelle politique particulière. Autrement dit, un plan global autour duquel tous s’accordent pour le mettre en œuvre par les divers moyens et stratégies requis par la conjoncture et leur opinion idéologique et politique.

Le défi de l’économie haïtienne est de se soustraire du cercle vicieux de la pauvreté qui se manifeste par l’entremise de la tertiarisation dans le commerce de détails des produits alimentaires, la prolifération de la petite subsistance de l’économie informelle, l’incapacité à produire des emplois de qualité, la faiblesse de la main d’œuvre, déficit d’infrastructures et d’investissements productifs et la faillite de l’État à catalyser la dynamique économique.

Relever ce défi nous amènera donc à mobiliser des ressources humaines qualifiées dont une bonne partie se trouve dans la diaspora et induire par l’investissement une économie moderne dont les assises reposent sur la création de nouvelles opportunités tout en mettant en relief la pratique du développement durable. Il est opportun d’insister sur ce dernier point dans la mesure où Haïti doit désormais s’inscrire dans la logique du triple bilan (économique – social – environnemental) pour  responsabiliser chacun sur l’utilisation des ressources de notre milieu ambiant et sur les impacts de nos activités. Cela tant dans les pratiques du secteur privé que dans l’administration publique.

La croissance économique est l’aune de la création de valeurs ajoutées. De telles ressources additionnelles doivent être créées à travers de nouveaux créneaux pour que naissent les opportunités nouvelles, juteuses et bonifiantes. Les opportunités de l’économie numérique, de l’innovation et de la créativité dans les industries, l’agriculture et le développement touristique peuvent se révéler à la hauteur des attentes. Mais, en amont, l’appareil de l’État doit se moderniser en vue de jouer son rôle de catalyseur et d’animateur dans le développement socio-économique du pays. Il aurait donc à donner le ton et à harmoniser les forces sociales en présence dans le sens du bien national.  La modernisation de l’État doit être aussi accompagnée de la préparation des ressources humaines adéquates devant servir de carburant au système productif. Ce ne sera pas désormais une main d’œuvre coincée dans le secteur informel (53.3% salariat) dont les liens avec la faiblesse du niveau de l’éducation sont connus en Haïti.

Les perspectives de l’économie Haïtienne ne sont pas bonnes. Avec un État faible et une élite incapable de dessiner les contours de la prospérité nationale par leur engagement politique et leur désir d’union nationale, la situation est condamnée à creuser la faillite économique nationale.

Changer de paradigme pour fonder le développement national sur de nouvelles bases nous est imposée. S’engager donc à explorer minutieusement ces pistes, non-exclusivement, aura le mérite de contribuer à lancer les réflexions pour la sortie des sentiers longtemps battus.

Jeff Alix ST TILMA
jealixst@gmail.com

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