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Haïti : Le poids d’un régime mafieux dans une république bananière

Un cri de détresse au faible reste d’une élite!

par Jean-Samuel Trézil

Mercredi 18 novembre 2020 ((rezonodwes.com))– A mon âge, je vis de loin la souffrance de paisibles citoyens vivant sans lendemain dans une république bananière dotée d’un régime mafieux. Mon humanisme me porte à partager les souffrances de toutes les victimes, et tout- á-coup, j’éclate en sanglots en constatant comment Haïti est devenue une vallée de larmes.

Il y a une humanité dans chaque être vivant, doit-on se rappeler. Je suis profondément attristé en regardant le cadavre du, désormais, feu Dr Monferrier Dorval, professeur de droit constitutionnel, mon ami, baignant dans son sang. Je suis plus que convaincu qu’il ne voulait pas mourir sans voir le changement tant rêvé dans ce pays qu’il chérissait comme sa chair. N’avait-il pas dit : « j’aime mon pays, je fais le sacrifice de ma vie pour mon pays…

Haïti n’est gouverné, ni administré ». J’ai aussi du mal á effacer dans ma mémoire les images terrible de l’étudiant finissant de l’Ecole Normale Supérieure, Grégory Saint-Hilaire, assassiné froidement, et aussi récemment de cette jeune écolière de 21 ans en classe terminale Evelyne Sincère, également tuée, elle aussi violée et abusée, pour finalement être jetée sur un lot de détritus, nue. Cette litanie sans fin et macabre semble vouloir devenir une seconde nature.

Si rien n’est fait, vous qui vivez encore en Haïti, vous serez tous, toutes
emportés par cette dictature qui ne dit pas encore son nom.

Je voudrais attirer, chers lecteurs et lectrices, votre attention sur la définition du mot« dictature ». La dictature est un régime politique arbitraire et coercitif dans lequel tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un seul homme. Le pouvoir n’est ni partagé, (pas de séparation de pouvoirs) ni contrôlé, absence d’élections libres et de constitution, les libertés individuelles ne sont pas garanties. La dictature est contre la démocratie, La dictature est au seuil de la porte. (Dictionnaire la Toupie). Personne ne saurait rester indifférent. Toutes les élites du pays se doivent remuer le fer dans cette plaie constituant une menace existentielle.

Nous observons de loin, des citoyens traumatisés, bafoués regardant leurs enfants violés, kidnappés et assassinés, leurs droits foulés aux pieds au grand jour sans espoir de justice et d’un lendemain meilleur. En général, nos élites sont muettes et sourdes au cri d’un peuple qui réclame un peu d’honnêteté et de loyauté dans la gestion de la chose publique. En d’autres termes, se font- elles complices de telles exactions?

En effet, un faible reste de nos élites assiste pareillement perplexe, peut-être par peur, aux abus répétés d’un pouvoir déraillé, sans foi ni loi. Le pouvoir abuse, c’est la dérive mafieuse! Qu’est-ce qu’un abus de pouvoir? «Un abus de pouvoir est l’acte d’une personne qui dépasse les limites légales de sa fonction, qui en fait un usage déloyale. L’abus de pouvoir peut se traduire par des actes d’intimidation, de harcèlement, de menace, de chantage et de coercition, (Dictionnaire la Toupie)».

Notre classe moyenne par exemple, telle qu’elle opère cherche toujours à se réinventer une santé politique grâce au support d’une bonne partie d’une presse sans éthique. Elle est hypocrite, certains d’entre elle se plaignent des atrocités commises par ce pouvoir scélérat, parallèlement ils félicitent leurs amis pour avoir bénéficié d’un poste dans ce même gouvernement de facto vomi par la majorité de la population.

Je pleure et je dénonce cette attitude et cette forme de collaboration de ces éléments de notre classe moyenne. Si on prend le temps de revisiter les pages des amis (es) sur les réseaux sociaux, habituellement remplies de diatribes contre ce régime PHTK avec ce pouvoir de facto, ils ont tout détruit. Sur les posts dans lesquels ils savaient critiquer ce régime on peut lire « cet article n’est plus disponible ». Messieurs et dames, êtes-vous réels? Est-ce que j’ai la berlue? La politique du ventre et de la poche est pire en Haïti que la Covid-19 qui tue des millions d’être humains dans le monde.

Compatriotes de la classe moyenne, vous vous rendez compte du tort que vous causez à ce vaillant et courageux peuple qui a fait l’histoire en posant la première pierre, donc le fondement même de la liberté dans le monde. Les conditions dans lesquelles vous avez toujours accepté de travailler dans les différents régimes et gouvernements qui se sont succédés, ont contribué grandement à la débâcle nationale. Vous n’êtes pas de grands hommes mais vous occupez de grandes fonctions! Edmond Paul l’un des grands députés haïtien disait : « Quand de grands hommes occupent une fonction quelconque, la fonction devient prestigieuse, parce qu’ils le comblent de son étoffe».

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Lorsque l’un (e) de vous est mort ou morte, comment voulez-vous qu’on se souvienne de vous? Comme un salaud, un apatride, un amoral ou un patriote?

Notre classe moyenne est responsable de l’effondrement de l’état haïtien avec
la complicité de nos ennemis internationaux, car Haïti, pour avoir voulu fonder une société où l’individu est et doit être considéré comme humain, n’est pas aimée par ces anciens colons. Plus de 216 ans après l’indépendance, nous ne pouvons pas créer le rêve haïtien et poursuivre un idéal de prospérité pour les concitoyens.

Une prise de conscience est nécessaire face à l’incompétence des uns et la mauvaise foi des autres. Vous n’êtes pas vraiment riches et vous ne méritez pas de la patrie, si vos concitoyens et concitoyennes croupissent dans la crasse et l’insécurité pendant que vous bénéficiez et jouissez des grands avantages offerts par l’Etat. Il est grand temps que ces hommes et femmes politiques de ce pays cessent de prendre les citoyens haïtiens pour des canards sauvages, ils sont eux aussi des enfants de Dieu.

Chers compatriotes de la classe moyenne, êtes-vous renseignés sur le nombre
de nos compatriotes en quête d’un mieux être, ils sont devenus nomades et parfois même traités d’apatrides à cause de la mauvaise gestion du pays et surtout du pillage systématique des ressources de l’Etat? De l’exode rural après 1986 vers la capitale aujourd’hui assiégée par des bandes criminelles, á des vagues d’émigration vers des terres inconnues et sans espoir de revoir Haïti un jour, leur vie est sans issue.

Le spectacle que vous offrez au monde entier, s’assimile à un état mafieux, dénué d’identité avec un pouvoir centralisé contre la majorité et qui ne l’inspire pas confiance. Présentement, nous sommes témoins que le centre du pouvoir haïtien est coupé du reste de la société. Donc, comme c’est le cas, les projets réalisés par la force et en dehors d’un consensus national, ne dureront que le temps d’un soupir.

A ceux qui ont leurs racines dans les masses défavorisées et qui reviennent de
très loin, de l’Haïti profonde, l’histoire retiendra que vous avez agi en flibustiers, piratant le rêve de toute une nation et fragilisant le destin de tout un peuple au détriment des intérêts personnels. Vous ne serez jamais des hommes d’état mais des politiciens verreux, des avatars de l’histoire, qui défendent leur ventre et patronnent leur poche. Donc, vous êtes des antipatriotes dans une Haïti avec une démocratie sans le peuple. C’est mon observation.

Jean-Samuel Trézil
Sociologue, Journaliste jstrezi@gmail.com
18 Novembre 2020
Boston, MA

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