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Des postures éthiques pour tracer les compétences : De l’info nuage à l’enfumage !

par Erno Renoncourt

Samedi 12 décembre 2020 ((rezonodwes.com))– Bousculées par les progrès technologiques, les sociétés humaines évoluent à un rythme prodigieusement vertigineux. Si bien, que certaines d’entre elles semblent s’évaporer dans les nuées d’un numérique qui défie l’imagination. Objets Connectés, Maisons Intelligentes, Écoles Intelligentes, Villes Intelligentes sont quelques-uns des produits phares de ce boom technologique au service de l’Humanité Augmentée.

On s’empressera de noter que c’est la maitrise de l’inflation de données apportée par le Big Data qui a conduit à cette réalité virtuelle appelée Intelligence Artificielle (IA), et dont la puissance reste incertaine aux mains de l’Homo Economicus si attaché à la connerie naturelle.

En attendant, la promesse du tout technologique est si foisonnante qu’il semblerait que l’homme ne soit pas loin de faire plier l’espace et le temps pour hacker la mémoire de l’Univers et tendre enfin la main vers les codes de l’éternité. Autant de perspectives gigantesques, dites intelligentes, qui ne sont pas moins effrayantes, pour ne pas dire aberrantes. Et pour cause ! Car, malgré les prouesses technologiques dans les nuages et dans l’espace intersidéral, l’Homme, tout augmenté de ses artefacts intelligents, ne parvient toujours pas à résoudre des problèmes chroniques qui ne demandent pourtant qu’un peu de bon sens, de discernement ou simplement de sens des priorités. En effet, sachant que les progrès ne sont que la conséquence de recherche et d’activités induites par et pour les besoins humains, on regrette que les technologies ne soient pas mises à contribution d’une plus grande protection de la nature et du vivant.

C’est tout de même ahurissant, en tout cas révélateur de la bêtise humaine, que les États Occidentaux puissent investir plus d’argent dans l’Intelligence Artificielle à finalité militaire, pour anticiper les guerres futures, plutôt que dans l’allocation de ressources financières conséquentes pour leurs hôpitaux. Bêtise que la nature n’a pas manqué de révéler et de sanctionner avec le Covid. À moins que ce ne soit une stratégie délibérée de renforcement de la croissance économique mondiale par décroissance assistée des populations pauvres et vulnérables : un parfait UPHOLD sanitaire dont le détour est plein de sens. Détour qui nous renvoie à Hold-Up au risque de nous faire étiqueter de complotiste. Ce qui arrive souvent dès qu’on pose des questions en rupture avec les idées à la mode. C’est quand même d’une insoutenable indigence que les hommes puissent, de la terre étant, envoyer des sondes fouiller l’infini cosmique pour chercher la vie, alors qu’ils détruisent ou laissent crever de faim et de maladie celle qui est juste à côté d’eux !

Lorsqu’au nom d’une perspective si lointaine et incertaine, on s’autorise à détruire ce qui est tout proche et si accessible, on peut rigoureusement douter de l’effectivité de l’intelligence mobilisée autour de l’usage de ces technologies. Voilà qui ramène aux questions dérangeantes : Sur son nuage de progrès, l’IA serait-elle alors un vaste enfumage ? Question qui vient, en tout cas, amplifier l’écho des témoignages laissant entrevoir le côté obscur d’une technologie médiatisée exclusivement comme progrès. Alors même que les impostures qu’elle dissimule nous poussent vers un destin final aux attraits d’une Humaine Défaillance. Effroyable prédiction que confirment d’ailleurs les flux analytiques de l’IA, puisque ce sont eux qui nous incitent à croire à l’entêtement des faits décrivant l’imminence d’une nouvelle extinction de masse.

Entre Rupture et Postures

Sauf si, conscients des enjeux d’extinction, et redevenus humainement intelligents, les puissants de ce monde décident d’exploiter autrement les flux analytiques de l’IA pour parvenir enfin à mobiliser les technologies pour des usages immédiatement plus bénéfiques pour l’Homme et la nature. Alors, il faudrait commencer par arrêter les conneries naturelles et les artifices d’intelligence pour entamer la rupture d’avec l’Indigence Autoroutée. Alors, il faudrait trouver les postures de rupture qui peuvent nous éloigner des impostures afin de laisser profiler les compétences académiques et professionnelles susceptibles d’orienter l’Humanité vers plus d’éclairage et contribuer ainsi à dissiper l’enfumage du rayonnement indigent.

Faut-il pour autant douter de l’humanité des surdoués et des diplômés qui nous embarquent dans ces projets fumeux d’intelligence artificielle ? Ce doute est-il suffisant pour décréter un réalignement des compétences académiques, professionnelles et technologiques sur des postures éthiques plus aptes à placer l’humain au centre des décisions politiques et des préoccupations économiques ? Doit-on en conséquence suggérer que soient évalués sur d’autres modalités les profils de compétence de ceux qui dessineront les contours du monde de demain ? Faut-il alors opter pour la détection de postures intellectuelles et/ou professionnelles capables de faire ressortir chez les diplômés, au-delà de leurs parcours universitaires, par-delà leurs titres académiques, des traces numériques d’une intelligible humanité plus probante en termes de compétences éthiques et plus inspirante en termes de valeurs fortes ?

Sans postuler de l’indigence active de tous ceux qui seraient incapables de disséminer de telles traces, on peut néanmoins contextualiser la réflexion en faisant remarquer judicieusement que le potentiel du numérique autorise, avec force pertinence, à souhaiter une réforme des processus d’évaluation des compétences professionnelles. C’est ce que propose tout au moins Denis Cristol de Thot Cursus[1] dans un article, un tantinet sulfureux de provocation (d’où notre profond intérêt), intitulé : Et si les traces d’apprentissage en ligne remplaçaient les diplômes[2] ? 

Évidemment, nous surfons avec délice sur cet article parce que nous pensons qu’il est en lien avec certaines de nos préoccupations à travers lesquelles nous invitions déjà à mettre fin à la dictature du prestige des diplômes délivrés par des institutions notables dont la renommée, souvent infondée, impacte davantage la carrière de certains au détriment d’autres qui, avec des parcours académiques moins reluisants, sont souvent plus compétents et dont les parcours d’expérience et les trajectoires professionnelles et humaines sont plus enrichissants.

Certains ne manqueront pas de dire : voilà une problématique bien clivante ! En effet, argumenteront d’autres ou les mêmes, qui, sans être porteur de déviance, peut-il proposer de remettre en cause les processus normatifs d’évaluation des compétences basées sur les diplômes pour aller farfouiller dans l’inconnu des réseaux analytiques du net et exhumer quelques traces comme marqueurs de compétences ? Qui, sans avoir l’esprit tordu, peut oser contester le business académique produisant des diplômés utiles au système par leur docilité ?

Heureusement, nous n’en sommes pas à notre premier essai, ce qui nous éloigne de la peur d’être indexé ou blacklisté. C’est même un marqueur éthique, dans un contexte d’indigence, de véhiculer des idées qui ne fédèrent pas les enthousiasmes mais donnent à réfléchir. Ainsi, fidèle à notre goût de la provocation réfléchie (désintéressée mais pas futile), à ces interrogations qui confortent le statu quo, nous opposerons trois réponses :

  • La première, pour confirmer la nature turbulente de la réflexion. En effet, elle découle justement d’un besoin de changement systémique qui appelle radicalement à la rupture d’avec les impostures pour inverser la courbe de l’indigence ;
  • La seconde, pour situer le diplôme comme une promesse de savoir qui ne passe pas toujours la certitude des compétences. Encore faut-il ajouter, en sachant courir le risque de devenir désagréable, que, dans un modèle d’affaires, où tout s’achète, se vend et se corrompt, on ne peut pas faire abstraction des diplômes obtenus dans des conditions douteuses sinon foireuses où laxisme, fraude, plagiat, tricherie permettent à d’illustres médiocres de se présenter indignement dans une posture de compétence.  Sans parler aussi des diplômes d’ascenseurs et de convenances délivrés « exclusivement pour les shitoles » pour entretenir les réseaux d’accointances qui fédéreront allégeances et généreront redevances envers des intérêts transnationaux.
  • La troisième, enfin pour souligner que les progrès technologiques autorisent à croire en l’avenir de ce traçage numérique des postures professionnelles pour mieux compléter l’évaluation des compétences au-delà de la valeur théorique du diplôme. D’ailleurs, en combinant les Cours Massifs Ouverts En Ligne (MOOC) aux possibilités actuelles de validation de tout parcours professionnel et d’expériences pertinent par un diplôme on dispose d’une base qui laisse croire en cette perspective qui présage une révolution du modèle de la formation universitaire et professionnelle.

  Alors, comme disait Wiston Churchill, autant « prendre le changement par la main avant qu’il ne nous saute à la gorge ». En outre, en quoi un diplôme, qui ne fait que postuler l’hypothèse, toute improbable parfois, d’une compétence, ne pouvant s’objectiver que par une praxis, est-il plus certifiant que les activités probantes découlant de véritables engagements humains et de nobles postures professionnelles ?
Ah, je vois la colère qui bouillonne au fond de ceux et de celles qui me soupçonnent de vouloir mettre fin à leurs privilèges réputationnels. Mais n’en déplaisent à eux, il semble permis de voir dans cette approche de traçage numérique des postures académiques et professionnelles une façon de démocratiser les chances d’accès de tous à une brillante carrière. Avouons tout de même qu’une telle démarche induirait aussi une forte valeur ajoutée pour la société. En effet, au-delà d’un titre figé dans un diplôme, elle apporterait aux organisations et aux institutions d’un pays, un tremplin qui les orienterait vers la recherche permanente de plus de transparence, de plus de performance pour renforcer l’intelligence collective.

Quand chacun sait que c’est au travers des traces qui mettent en reliance ses diplômes, ses productions, ses prises de parole, ses engagements que ses savoirs tissent les liens de compétence avec son milieu, tout un chacun cherchera à mieux aligner ses postures dans le sens de l’intelligence éthique et de l’intérêt collectif.

Approfondir le débat

Évidemment, il y a des interrogations à se poser et des craintes à dissiper sur la faisabilité d’une telle refonde des processus de formation. Car en mettant directement les employeurs en situation de réels évaluateurs des compétences qu’ils recherchent pour leurs organisations, ils enverront au chômage les institutions académiques qui délivrent les diplômes. Et alors ? diront les plus cyniques. Le numérique ne met-il pas aussi au chômage des milliers de pauvres gens, au nom du progrès, par automatisation des tâches dans les usines ? Alors, pourquoi ménager les institutions académiques ? N’est-ce pas aux universitaires qu’il revient de disséminer les valeurs qui structurent et renforcent le mur de la performance collective dans un pays ? Alors si les contours de ce mur s’érodent au point qu’il devienne défaillant, c’est bien parce que l’université ne joue pas son rôle. Dès lors, chercher des traces et des postures qui tendent à déceler les compétences qui peuvent aider à développer l’intelligence des organisations et de la société ne peut faire de mal à personne.

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Au demeurant, n’est-ce pas par les traces qu’ont laissé les générations précédentes que nous nous approprions le présent pour nous projeter dans l’avenir ? N’est-ce pas en fouillant dans les cavernes, dans les grottes que nous exhumons les restes de ceux qui nous ont précédé pour analyser les traces de leur compétence et établir leur niveau d’intelligence ? Pourquoi alors s’interdire de le faire présentement, pour mieux mobiliser l’intelligence, quand nous sommes si proche d’une irréversible indigence ? Les compétences véritables ne résultent-elles pas d’une capacité d’analyse, de la mobilisation d’une pensée critique pour contextualiser le savoir acquis en connaissance et faire jaillir la pertinence et la cohérence qui se matérialiseront dans l’écosystème en intelligence ? N’est-ce pas dans le courage éthique, dans les postures intellectuelles, les prises de position assumées pour la vérité et la justice, dans la disponibilité à brandir des valeurs pour affronter les différents domaines problématiques de son milieu qu’on se montre compétent ? N’est-ce pas en situation que la compétence se mobilise toujours ? Et comment se mettre en situation, sinon par ses postures ?

En effet, quelle juste démarche ce serait, si, au lieu de recruter exclusivement sur la base des diplômes, les managers cherchaient aussi à exhumer les traces des compétences des profils professionnels qu’ils souhaitent embaucher à travers leur production, leurs postures ? N’y a-t-il pas objectivement un lien fort entre postures et compétences ? Comment démontrer ses savoir-faire et témoigner de ses connaissances sans puiser dans les ressources qu’ils constituent l’équilibre pour apporter de la stabilité à un écosystème défaillant ? N’est-ce pas au bout des risques qu’ils prennent, pour des valeurs fortes, que ceux qui « pensent à côté » et dans la rupture parviennent à éclabousser de leur talent les organisations avec lesquelles ils collaborent, impactant ainsi toute la société ? En conséquence, n’y-a-t-il pas lieu pour les recruteurs de mieux creuser ce lien entre société, organisation et individu pour faire émerger cette continue démarche d’innovation propice au changement permanent ?

Intéressant de voir que ce débat vient prolonger nos réflexions antérieures sur le pédantisme[3] des prétendues bonnes écoles haïtiennes. Réflexions grâce auxquelles nous questionnions le mythe[4] réputationnel de certaines écoles dans un souci de ne plus invisibiliser, au détriment d’une douteuse médiatisation, les postures[5] et les interactions de ceux dont les productions nourrissent fortement les liens entre savoirs, compétences et risques professionnels pour faire progresser leur société.
Manifestement, cette approche déviante a encore davantage de sens dans un écosystème défaillant où les accointances mafieuses et les postures de servilité tendent à être les facteurs de succès, conditionnant toute la société dans une déchéance qui devient une indigence en fête !  En effet, quand la vie est d’une si lourde indigente, comme en Haïti, recruter les compétences, en se fiant uniquement aux évaluations académiques, peut participer d’une stratégie de renforcement de la médiocrité triomphante. Dès lors, il faut savoir recruter autrement en recherchant davantage les profils professionnels qui ne pensent pas à sauvegarder leur employabilité au nom de toutes les compromissions.
Cette proposition repose sur l’utopie que toute société, au-delà des compétences académiques et professionnelles de ses cadres et de ses fonctionnaires, devait pouvoir ériger des infrastructures éthiques, sur les contours des stratégies politiques, économiques et technologiques, pour assurer la protection des valeurs fortes contre toute potentielle défaillance humaine capable de compromettre la performance collective de la gouvernance au profit d’intérêts particuliers et privés.

Les progrès technologiques qui condamnent les sociétés à s’aligner sur de nouveaux impératifs éthiques tendent à conforter l’idée qu’une mobilisation des technologies autour du Facteur Humain comme risque peut disséminer dans les écosystèmes institutionnels et Organisationnels une vraie démarche d’intelligence collective. Il s’agit alors de pouvoir détecter les traces des postures porteuses de compétences stratégiquement alignables sur la protection des intérêts collectifs et de l’environnement. Tout laisse croire que les échecs récurrents des différentes stratégies de gouvernance en Haïti viennent, en partie, du fait que les politiques haïtiens visent la prise du pouvoir sans jamais penser aux usages des technologies de l’intelligence et aux compétences éthiques des acteurs pour assurer le fonctionnement de l’État dans une dynamique de transparence, et avec une forte conscience du bien commun, au-delà  de toute idéologie.

L’objectif de cet article est de jeter les bases d’un plaidoyer pour pousser les acteurs étatiques et non étatiques  à encourager les instituts universitaires et professionnels haïtiens à faire preuve d’innovation dans leurs programmes de formation, en adaptant les cursus au contexte humainement précaire et défaillant pour que leur offre  de formation prenne en compte les vrais enjeux qui sons nourris par des problématiques de défaillance humaine. Car, il me semble déceler de vraies perspectives d’innovation dans l’intégration des modules de formation combinant Technologies de l’Information et Postures Éthiques pour humaniser les postures des cadres de l’administration publique et privée. Une approche innovante qui peut avoir un impact certain sur l’optimisation des processus décisionnels si elle est pensée dans une dynamique de transmission d’une chaine de valeurs capables de faire germer un nouvel écosystème institutionnel et organisationnel en Haïti.

Objectivement, c’est en misant sur ceux qui prennent les risques qu’on peut oser défier l’indigence. Car, celle-ci recule toujours quand l’intelligence se pare des feux de l’insolence et de l’insoumission pour éclairer les ombres de la médiocrité…. Ainsi, il ne faut pas attendre l’innovation pour produire le changement, car c’est le besoin de changement qui incite à l’innovation. Et ce sont les acteurs métiers qui s’exposent qui ont le plus de chance d’apporter cette innovation par le courage et l’intégrité de leurs postures en rupture avec ce qui est défaillant. Ce ne sont pas les diplômes qui révèlent les compétences des gens, ce sont les gens de valeur qui irradient de leur talent leur contexte pour le faire briller en révélant ainsi la valeur de leurs diplômes.
De même que le feu qui ne brille pas enfume, toute compétence qui ne laisse pas de traces est une imposture. Alors recruteurs, à vous d’oser changer vos règles de recrutement pour faire briller l’intelligence de vos organisations en trouvant de véritables ressources humaines dotées de compétences traçables pour sortir du piège de l’Indigence Artificielle !

Erno Renoncourt

[1] https://cursus.edu/a-propos
[2] https://cursus.edu/articles/37443/et-si-les-traces-dapprentissage-en-ligne-remplacaient-les-diplomes
[3] https://blogue.integraledatastats.net/excellencepedagogiquehaitienne.html
[4] https://blogue.integraledatastats.net/mythedesbonnesecoles.html
[5] https://blogue.integraledatastats.net/lienposturecompetenceinnovation.html

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