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Politologue James Osné :  »Claude Joseph, une honte pour l’intelligentsia haïtienne »

Claude Joseph : une honte pour l’intelligentsia haïtienne. Ses prises de positions publiques témoignent de façon éloquente l’attitude d’un esclave obéissant aveuglément à son maître.

par James Osné, Politologue.

Dimanche 20 décembre 2020 ((rezonodwes.com))– Depuis quelque mois, je résistais à l’idée de prendre la parole dans l’espace public haïtien tant il est fragile et fragilisé. Fragilisé par l’inertie intellectuelle mais surtout par la précarité financière et économique de ceux et celles qui l’investissent. Avoir position dans l’Haïti actuelle est un risque énorme contre sa famille, sa carrière professionnelle et sa vie physique dont l’enjeu ne vaut pas toujours la chandelle.

Nombreux sont ceux qui parlent de la politique comme une science à géométrie variable. Ils inventent le concept de l’élasticité politique pour signifier que les prises de positions publiques en politique doivent être fonction du contexte, des circonstances, des intérêts et des forces en présence. La politique est dynamique arguent-ils. La prudence devient un bon prétexte pour se déresponsabiliser et pour donner libre champ aux corrupteurs et corrompus. On se tait sur les gabegies des uns et des autres parce que l’adversaire d’aujourd’hui peut être l’allié de demain. Tout cela a du sens, toutefois il faut préciser que toute cette gymnastique intellectuelle et cérébrale ne vise qu’à cacher des projets souvent mesquins qui ne rencontrent pas les intérêts du peuple d’Haïti.

Peu importe la posture intellectuelle adoptée, certains concepts resteront immuables. L’honnêteté, le sérieux, la crédibilité, la constance et la cohérence dans les idées ne sont pas des concepts élastiques. Ou bien on est sérieux ou bien on ne l’est pas. Ou bien on est corrompus ou bien on ne l’est pas. C’est pourquoi, j’estime nécessaire de prendre la parole pour parler d’un personnage qui était pour moi parmi ceux et celles qui incarnaient l’espoir du renouveau d’Haïti.

On pouvait compter sur lui dans le cadre d’un renouvellement de l’offre politique haïtienne. Hélas, il a tout vilipendé. Je sais qu’en portant cette parole, je cours le risque de perdre des amis et de faire des ennemis. Ce qui sans l’ombre d’un doute aura des conséquences sur moi. J’aime mes amis et je n’aime pas avoir des ennemis, mais aussi vrai que j’aime mes amis, j’aime Haïti et mon amour pour elle est plus grand que celui que j’ai pour mes amis.

Quand le président Jovenel Moise a fait le choix de Claude Joseph comme ministre des affaires étrangères d’Haïti et qu’il l’a accepté, l’opinion publique haïtienne était perplexe et divisée sur la possibilité pour ce professeur d’Université et intellectuel de faire valoir au sein de ce pouvoir des idées nobles et progressistes capables de redonner à Haïti une place enviable sur la scène internationale.

Pour certains, M. Joseph ne sera qu’un simple petit ministre en plus dans un gouvernement décrié, avili et corrompu où la compétence et l’excellence ne sont pas toujours les bienvenues. Pour d’autres, c’est une aubaine qui lui a été offerte dans le sens qu’il pourra profiter du contexte et de cette fonction prestigieuse pour se ranger parmi les illustres ministres des affaires étrangères d’Haïti et diplomates haïtiens qui ont servi Haïti avec compétence, honnêteté et surtout liberté dans leurs idées.

Je pense à Jean Price Mars ministre des affaires étrangères de 1946 à 1947, Anténor Firmin ( 1880-1891 – 1896-1897) Hannibal Price ( 24 avril 1876- 20 juillet 1876). Je ne peux me permettre d’oublier le grand diplomate haïtien Émile Saint-Lot qui a représenté l’État d’Haïti aux Nations-Unies avec perspicacité et sagacité et qui a savamment contribué à l’élaboration de la déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations-Unies le 10 décembre 1948.

Du 20 mars 2020 à aujourd’hui, depuis son entrée en fonction comme ministre des affaires étrangères, il n’a cessé d’étonner nombre citoyens honnêtes et compétents surtout ceux qui comptaient sur lui comme une réserve de la nouvelle Haïti. Ses prises de positions publiques témoignent de façon éloquente l’attitude d’un esclave obéissant aveuglément à son maitre et cherchant à tout prix à satisfaire sa volonté supposée et ses bas instincts.

Qui peut se permettre d’oublier les sorties médiatiques du ministre Claude Joseph pour défendre les propos maladroits teintés de velléités dictatoriales et criminelles du président Jovenel Moise. Parlant de la gestion de la pandémie COVID19, le locataire du ministère des affaires étrangères du gouvernement de Joseph Joute a déclaré que le gouvernement haïtien est l’un des gouvernements qui a fait la meilleure gestion de la crise liée à la Covid19, tandis que l’opinion publique critiquait de tout bord la nonchalance, l’irresponsabilité et la gestion catastrophique des autorités haïtiennes quant à la gestion de ladite crise. Après l’assassinat crapuleux et honteux du bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince en l’occurrence Me Monferrier Dorval, le ministre Joseph a fait parvenir une correspondance aux différents représentants de la communauté internationale en Haïti dans laquelle il exprime son indécence et son

inélégance par rapport à cette perte immense. En essayant d’attribuer l’assassinat du bâtonnier à un clan politique et en faisant de cet assassinat un élément incontournable du processus électoral et du projet de réforme constitutionnelle du président Jovenel, il a assassiné une deuxième fois Maitre Dorval. Quelle indécence! Quelle malhonnêteté! Quelle grivoiserie de la part d’un docteur, d’un professeur d’Université à l’égard d’un autre docteur professeur d’Université.

En réalité, quels sont les rôles d’un ministre des affaires étrangères? Dans les lignes qui suivent, je répondrai à cette question tout en montrant comment M Joseph constitue une honte pour l’intelligentsia haïtienne et contribue en même temps à affaiblir toute idée de projet politique et social basé sur la compétence et l’intellectualisme.

De tous les temps et dans tous les espaces, la fonction de ministre des affaires étrangères est une fonction distinguée, réservée à une catégorie d’hommes et de femmes en ce sens qu’elle fait exigence de compétences singulières à celui ou celle qui est appelé à l’occuper. L’occupant de cette fonction doit être au-dessus des zizanies, des querelles de chapelles et des luttes politiciennes minables qui tiraillent la société de l’intérieur. Le ministre des affaires étrangère est généralement un fonctionnaire expérimenté, rodé qui a une vision clairement de l’État et qui contribue à l’aide de ses idées novatrices et surtout brillantes à rendre son pays plus important et plus fort dans le concert des nations libres.

C’est pourquoi nombreux sont les pays qui disposent d’une école formant spécifiquement ceux et celles qui sont destinés à servir dans la diplomatie. Au Brésil, l’instituto Rio Branco est l’académie diplomatique qui forme les diplomates brésiliens. Aujourd’hui, la diplomatie brésilienne se révèle être l’une des plus performantes du monde. En France l’école des relations internationales (ILERI) fournit une formation de haut niveau aux futurs diplomates français. Aux États-Unis, certaines universités et écoles sont réputées pour être excellentes dans la formation des futurs cadres du département d’État. Donc, la diplomatie a été toujours un espace réservé aux esprits les plus éclairés de la Nation.

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Michel Martelly malgré ses bonnes relations avec Roro Nelson, il ne l’avait pas nommé ministre des affaires étrangères d’Haïti ni comme ambassadeur d’Haïti auprès de l’OEA. Aristide n’a pas honoré René Civil en le nommant représentant permanent d’Haïti aux nations Unies. Même pendant la dictature des Duvalier, les militants macoutes les plus zélés n’ont pas été nommés diplomates à l’étranger. Tout ceci pour dire que le ministre Joseph devait savoir que Jovenel Moise ne l’avait pas nommé ministre des affaires étrangères parce qu’il était un militant du Phtk ni parce qu’il pensait qu’il allait défendre ses bêtises les plus indéfendables.

M Claude est ministre des affaires étrangères parce qu’il est docteur en évaluation des politiques publiques. Vous êtes ministre parce que vous avez été professeur d’université aux États-Unis. Vous êtes ministre parce que vos idées avaient fait écho dans la république et étaient prometteuses d’une Haïti meilleure. En ayant cette posture de militant et de serviteur aveugle d’un régime criminel, sanguinaire et corrompu, vous tuez la foi des jeunes étudiants en Diplomatie et Relations Internationales qui sont à l’INAGHEI, au CEDI, à l’ANDC, à l’université Notre-Dame, à l’Université Quiskeya et j’en passe. Par votre comportement abject et par votre petitesse, vous crachez sur l’espoir qu’avaient encore certains haïtiens dans les intellectuels de ce pays. Monsieur le ministre vous constituez une honte pour les esprits brillants de ce pays.

En France, le ministre des affaires étrangères a pour entr’autres, comme missions d’agir pour la sécurité, la paix et le respect des droits de l’homme dans le monde, de protéger les intérêts des français à l’étranger, d’assurer la présence des idées, de langue et de la culture française sur la scène mondiale[1]. Tous des attributs liés à la politique extérieure et à la diplomatie de l’État français. Aux États-Unis, le secrétaire d’État jouant office de ministre des affaires étrangères de l’État américain s’occupe de négocier avec les représentants étrangers sur les intérêts américains dans le monde, il dicte aux ambassades et consulats américains les grandes orientations de la politique internationale et de la diplomatie des États-Unis[2].

Pour ce qui concerne le Canada, le pays dans lequel je vis depuis quatre ans, le ministre des affaires mondiales canadiennes gère les relations diplomatiques et consulaires du Canada avec les gouvernements étrangers et les organisations internationales en entretenant un dialogue avec des acteurs internationaux et en exerçant une influence sur ceux-ci, de manière à promouvoir les intérêts politiques, légaux et économiques du Canada[3]. Dans aucun pays du monde, on ne va trouver un ministre des affaires étran gères qui est un militant qui se croit davantage ministre de l’intérieur ou porte-parole de la présidence.

Ceci étant dit, le rôle du ministre des affaires étrangères d’Haïti devrait consister à conseiller le président de la république sur les grandes directives à donner à la diplomatie haïtienne. La politique étrangère d’Haïti mérite d’être redéfinie suivant les aspirations et les intérêts supérieurs du peuple haïtien tout en tenant compte de la dynamique mondiale. Pour cela, la science du ministre actuel serait d’une grande contribution. Après des décennies de relations diplomatiques et commerciales avec les États-Unis, les résultats observés laissent à désirer.

En conséquence, il devrait avoir un observatoire spécifique sur les États-Unis au sein du MAE. Les rapports entre Haïti et Taiwan méritent d’être revisités voire suspendus si nécessaire. Avec la république voisine, Haïti doit revoir ses relations. Tellement qu’il y ait de chantiers à bâtir dans la diplomatie haïtienne, qu’un ministre des affaires étrangères ne devrait pas avoir de temps pour dormir.

Au lieu de servir à maintenir le pays dans l’en deçà du monde, d’amplifier la fracture sociale, d’empirer les griefs sociaux et d’affaiblir l’État de droit, les idées de M Joseph devraient aider à favoriser le développement économique et commercial du pays par la mise en œuvre d’une diplomatie qui encourage les investissements étrangers et qui met de l’avant les intérets d’Haiti sur la scène internationale.

Monsieur le ministre, il n’est pas encore trop tard. Vous pouvez vous toujours vous reprendre. N’insistez pas dans cette bêtise puante.
J.O


[1] Mission et organisation, consulté le 4 septembre, https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere-et-son-reseau/missions-organisation/
[2]
[3] Raison d’être : Mandat et rôle : Composition et responsabilité. Consulté le 4 septembre 2020, https://www.international.gc.ca/gac-amc/publications/plans/dp-pm/dp-pm_1920_mandate-mandat.aspx?lang=fra

James Osné

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