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Toutes les sphères de la BRH sont pourries par le clientélisme politique ou le copinage, s’indigne le professeur Junior Agena, détenteur d’une maîtrise en Philosophie et d’une autre en Droit des Affaires

Lettre ouverte à Monsieur Ronald Gabriel 

Directeur exécutif du Fonds BRH pour la recherche et le développement. 

Samedi 26 décembre 2020 ((rezonodwes.com))–

Monsieur le Directeur,

Cette présente n’est nullement pour vous exprimer ma déception à la suite de votre lettre m’informant du refus de ma candidature au soutien financier dans le cadre du programme du Fonds BRH pour la recherche et le développement. Je veux seulement me faire le héraut de tout.e.s les jeunes haïtien.ne.s qui, comme moi, refusent de sacrifier leur dignité aux conditions malsaines qui leur sont généralement imposées pour bénéficier d’un contrat de travail ou d’un appui financier dans les institutions haïtiennes. Sincèrement, j’ai postulé pour, encore une fois, me convaincre que toutes les sphères de décision du pays, encore plus à la Banque de la République d’Haïti (BRH), sont pourries par le clientélisme politique ou le copinage et par la bassesse du bas-ventre comme l’ultime condition pour retenir une candidature soit à un poste ou à l’obtention d’un soutien financier. 

Cela m’étonnerait de me voir octroyer ce soutien financier puisque je n’ai jamais été inscrit dans le paradigme de la faveur. Tout mon parcours académique, du niveau scolaire au premier et au deuxième cycle des études universitaires tant en Haïti qu’à l’étranger, est marqué de la fierté de l’excellence académique. J’ai toujours été le meilleur de mes promotions et des fois le meilleur des meilleur.e.s. Je vous ai envoyé ma candidature parce que c’était un concours qui doit en principe faire prévaloir le mérite. Alors que ce principe sacro-saint est absent des codes déontologiques des institutions publiques haïtiennes. 

 J’ai déjà deux fâcheuses expériences avec le Gouverneur de la Banque centrale, en l’occurrence M. Jean Baden Dubois. Cet illustre Gouverneur a été choisi par ma promotion de la Faculté de Droit et des Sciences Économiques (FDSE 2011-2015, promotion Henri Bazin) pour en être le parrain. Il n’a pas fait acte de présence à la cérémonie de graduation en se contentant de se faire représenter.  Á cette époque, j’étais le lauréat des lauréat.e.s d’une promotion d’approximativement 500 étudiant.e.s en droit et en sciences économiques. Aucune attention particulière n’a été accordée aux lauréat.e.s, aucune plaque d’honneur et mérite, aucune promesse de travail ni aucune possibilité de stage. Absolument rien.  En ce qui me concerne, une offre de stage ou de travail ne m’aurait servi à rien. Je suis fonctionnaire de l’État de catégorie A depuis 2013. Mais cela aurait eu le sens moral de la reconnaissance du mérite intellectuel dans un pays où les conditions d’études sont extrêmement difficiles. 

Une seconde fois, étant informé que la BRH octroie des bourses à des étudiant.e.s, j’ai sollicité un soutien financier en soumettant une correspondance au Gouverneur dans le cadre de mon projet d’études en droit des affaires à l’Université de Montréal (UdeM). Je lui ai rappelé, ou plutôt informé, que j’étais le lauréat des lauréat.e.s d’une promotion de la FDSE dont il a été le parrain. J’ai joint à ma correspondance mon projet d’études et la lettre d’une bourse d’un organisme de l’UdeM dont le montant octroyé était insuffisant pour couvrir les frais de scolarité.  Jusqu’à aujourd’hui, cette correspondance demeure sans réponse. Elle a juste grossi le lot des dossiers dont l’anonymat ou l’absence de recommandation sur la base de favoritisme les condamne à prendre place dans la poubelle de nos institutions. 

Pour votre enseigne, M. Gabriel, le projet d’études que je vous ai soumis est le même que j’ai soumis à d’autres comités scientifiques à l’UdeM qui, dans le cadre des concours de bourses et après analyse, m’ont accordé des bourses d’excellence. Ce projet que vous ne retenez pas sans en indiquer les critères d’évaluation ou de notation, est le même qui a été approuvé par une directrice et co-directeur de recherche. Ce dernier, qui répond au nom de Samuel Pierre, est l’une des grandes figures de l’intelligentsia haïtienne qui évoluent à l’étranger et au niveau international. Je ne pense pas qu’un comité scientifique de la BRH puisse avoir plus de rigueur scientifique dans l’évaluation de mon projet de recherche. Peut-être que vos évaluateurs scientifiques ont su retenir des critères d’un autre régime d’évaluation. 

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Je porte un projet qui produit une réflexion juridique inédite sur l’entrepreneuriat des jeunes ou des jeunes entrepreneur.e.s en Haïti. Des institutions privées à Montréal, par le biais de l’UdeM, qui pourraient n’y trouver aucun intérêt m’ont accordé des bourses en raison de l’excellence de mon dossier. À chaque fois, je connais les critères d’évaluation ou, dans le cas contraire, ai la possibilité de me les faire communiquer. Tout est transparent. Dans votre cas, ce serait peine perdue de vous demander de communiquer les critères et les résultats de l’évaluation. Ce serait vous mettre dans l’embarras pour rien. 

Pour finir, je me permets de vous inviter à savoir reconnaître l’excellence et à y subordonner le mérite. Pendant toutes mes études en Haïti, aucun.e dirigeant.e dans les deux entités de l’UEH que j’ai fréquentées, ne m’a jamais félicité pour mes prouesses académiques. En moins de deux ans à l’UdeM, j’ai eu l’honneur de recevoir des mots d’encouragement et de félicitations de mes professeur.e.s, ainsi que des correspondances et des appels de différent.e.s dirigeant.e.s, y compris la doyenne de la Faculté de droit. On me propose même de postuler à des postes au plus haut niveau de l’échelle judiciaire du Québec et du Canada comme auxiliaire de recherche. Tout cela parce qu’on sait reconnaître l’excellence au mépris des bassesses qui vous animent dans les universités et les institutions haïtiennes. Tout cela parce qu’on sait qu’un pays se dirige par les meilleurs cerveaux et au mépris du crétinisme dont vous faites le critère par excellence dans le choix des dirigeant.e.s et du personnel de nos institutions.

Au stade où je suis rendu dans ma vie intellectuelle et professionnelle, le refus d’un appui financier de la BRH ou de n’importe quelle autre institution haïtienne ne peut être un obstacle à mon avancement. Mais tel n’est pas le cas pour d’autres jeunes qui ont assez de courage et de dignité pour ne pas payer une quelconque faveur par le prix de l’indécence à laquelle vous rabaissez et subordonnez la porte d’entrée de nos institutions. 

Mes civilités. 

Junior Agena
Maitrise en philosophie
Maitrise en droit des affaires
Professeur à l’Université d’État d’Haïti

Montréal, le 25 décembre 2020.

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