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L’Édito du Rezo : Le « je » trouble du leader de Pitit Desalin

par Dr Arnousse Beaulière

Mercredi 17 février 2021 ((rezonodwes.com))–

« L’objectif de tout responsable politique est d’accéder au pouvoir et de mettre en œuvre son programme en vue de changer les choses », écrivions-nous en novembre 2018. Mais, cette prise de pouvoir, pour l’opposition plurielle, hétéroclite, peut-elle se faire en ordre dispersé ? Face à un pouvoir qui devient de plus en plus obscurantiste, autoritaire, anéantissant progressivement l’ensemble des institutions du pays pour établir une véritable dictature à la Duvalier, l’opposition n’a pas du tout droit à l’erreur. Le proverbe haïtien dit bien : « Pise gaye pa kimen. » Autrement dit, seule l’union fait la force dans la longue et dure bataille en cours pour le changement véritable dans ce pays de 12 millions d’habitants dont la majeure partie crève la dalle depuis des lustres. Jean-Charles Moïse, secrétaire général de Pitit Desalin, parti se réclamant de la gauche socialiste, anti-impérialiste, proche de Cuba et de Vénézuela, l’un des leaders de l’opposition, est-il de cet avis ?

Si, depuis 2015 l’ancien sénateur du Nord campait clairement dans l’opposition, depuis quelques mois, son positionnement est devenu de plus en plus ambigu dans la lutte contre le régime néo-duvaliériste du PHTK. Si bien que de nombreuses voix s’élèvent, notamment sur les réseaux sociaux et des antennes de radio-télé de la capitale, pour s’étonner de son attitude pour le moins trouble. Elles n’hésitent pas à le mettre en garde contre toute stratégie individuelle qui viendrait saper le long et fastidieux travail de rassemblement de l’opposition visant à mettre fin à ce qui se ressemble, chaque jour, à une-dictature-sans-complexe. Ces interrogations grandissantes à l’égard de l’ancien maire de Milot s’expliquent par ses récentes prises de position, lesquelles suscitent de nombreuses controverses, y compris au sein même des militants et sympathisants de « Pitit Desalin ».

Sa dernière sortie remettant en cause le choix du juge de la Cassation, Joseph Mécène Jean-Louis, doyen de la Cour de Cassation, comme président du Conseil national de transition (CNT), en remplacement du dictateur-néo-duvaliériste-sans-complexe-Jovenel-Moïse dont le mandat constitutionnel est arrivé à terme le 7 février 2021, selon la majorité des spécialistes de droit constitutionnel haïtien, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. En effet, alors qu’il a reconnu avoir signé le document élaboré collectivement par l’opposition pour le choix d’un juge à la Cour de Cassation comme futur président provisoire, il n’a pas hésité à déclarer à la Radio télé Caraïbes, au micro de Guerrier Dieuseul, qu’il préférait la juge Wendell Coq-Thelot à Joseph Mécène Jean-Louis, arguant que le peuple haïtien aurait davantage fait confiance à la juge Coq-Thelot. Sur quoi est fondée une telle assertion ? « Pitit Desalin » a-t-il fait réaliser une enquête d’opinion par un institut de sondage sérieux pour porter une telle affirmation ? Personne ne le sait.

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A quoi joue Jean-Charles Moïse ? Pourquoi n’a-t-il pas respecté le choix commun de l’ensemble de l’opposition portant sur le juge Joseph Mécène Jean-Louis ? Jean-Charles Moïse roule-t-il pour Moïse Jean-Charles ? Est-il en train de rouler le peuple dans la farine en oeuvrant, en catimini, pour le compte de celui qui est censé être son adversaire, Jovenel Moïse, dans une certaine forme de « solidarité entre nordistes » ? Comme le demande Kinsley Sabbat, observateur avisé de la scène politique haïtienne, quelles sont les véritables relations entre ces deux hommes ? Qu’est-ce qui se trame en coulisse entre ces deux dirigeants politiques ? Jean-Charles Moïse est-il en train de jouer à un « double jeu », en adoptant une attitude de « double je » : opposant le jour, complaisant la nuit ? Espère-t-il, avec un cynisme sans égal, un retour d’ascenceur de la part du dictateur-néo-duvaliériste-sans-complexe qui le porterait sur la « chaise bourrée » de ce qui reste du palais national, lors d’une élection présidentielle « chanpwèl » cette année ? Est-il donc l’assurance-tout-risque de ce dictateur-aux-abois qui sait pertinemment qu’il devra tôt au tard répondre de ses actes devant la justice ?

A Jean-Charles Moïse de rassurer le peuple, car le moins que l’on puisse dire, c’est que son « je » est devenu de plus en plus trouble.  

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